Les élèves soumis au chacun selon ses moyens
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Article paru dans La Marseillaise du Vendredi 10 décembre 2010 |
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Fournitures, sorties, spectacles, kermesse, loto, coopérative…. A de multiples occasions, le porte-monnaie des familles est
sollicité pour financer une école dont la gratuité reste pourtant un principe de base.
« Nous avons fait un geste en adéquation avec nos valeurs : la gratuité de l’école ». Anne-Marie Contreras est présidente de la FCPE
des Bouches-du-Rhône. Cette fédération de parents d’élèves s’organise pour financer 3000 lots de fournitures pour des collégiens de sixième, donnés gratuitement aux adhérents sur le principe du «
premier arrivé, premier servi ».
Classeurs, stylos, cartables, trousses, calculatrice voire ramettes pour alimenter la photocopieuse… Les
fournitures constituent à chaque rentrée un poste financier important pour les familles. Officiellement, la dépense moyenne serait de 60 euros par enfant. Cependant, les témoignages de parents
affichent toujours des sommes supérieures. Ainsi Chafika, déléguée FCPE dans le 2e arrondissement de Marseille, qui estime le coût des fournitures à « 100, 115 euros pour le primaire, quant au
collège… Cela explose, surtout que les profs n’hésitent pas à demander des compléments une fois la rentrée passée ». Pourtant, cette mère de deux enfants scolarisés en Ce2 et en 4e précise ne
prendre « que des premiers prix ». Une option que ne suit pas Nafissa, parent d’élèves elle-aussi FCPE mais dans les quartiers Sud, au lycée-collège Daumier : « Je privilégie la qualité et la
facture peut facilement monter à 300 euros, d’autant qu’il faut prévoir pas mal de réserves ».
De 5 à 25 euros de coopérative scolaire selon les quartiers
« Tout cela résulte du désengagement de l’Etat », recadre Stéphane Rio du Snes (syndicat majoritaire dans
le second degré), « les collectivités locales tentent de suppléer aux baisses de crédits sans pour autant y arriver systématiquement. D’autant que leur engagement à fournir les manuels scolaires
à tous les enfants est une lourde charge qui ne laisse que peu de marge de manœuvre pour le reste. Dès lors, on se tourne vers les familles ».
Des familles sollicitées financièrement à de nombreuses occasions. Première option, en primaire, le financement
de la coopérative. « 18 euros pour un enfant, 30 pour deux et 40 pour trois », synthétise Chafika pour un exemple dans le 2e arrondissement, quartier encore populaire. « 25 euros par enfants dans
le quartier du Prado » poursuit Nafissa. « Cette cotisation n’est pas obligatoire », rappelle Anne-Marie Contreras. Contrairement à ce que croient de nombreux parents, comme le mentionne Chafika,
« c’est présenté de telle manière que les mamans pensent y être obligées ».
Les coopératives scolaires ont été créées en 1928 comme un outil pédagogique de responsabilisation de la vie des
élèves. Une dimension quelque peu oubliée aujourd’hui. « Les parents ont beaucoup de mal à y être associés autrement qu’en contributeurs » déplore Anne-Marie Contreras, « leurs questions se
heurtent souvent à une sorte d’omerta ».
Ce budget coopératif cofinance les sorties extra-scolaires. « Mais c’est là aussi que doivent être notamment
trouvés des crédits de solidarité car il est inacceptable qu’un enfant ne participe pas à une action au prétexte que ses parents n’ont pas pu la financer », insiste Christophe Doré, du Snuipp
(syndicat du premier degré). Or, c’est la réalité, comme en témoigne Chafika : « si des parents ne peuvent payer les 2 à 8 euros d’une sortie, l’enfant ne sort pas ».
Les inégalités sociales se creusent fortement dans l’extra-scolaire
Une problématique qui prend une autre ampleur dans le second degré où sont organisés des voyages linguistiques ou
culturels, aux budgets exponentiels. « Certains établissements fixent des plafonds à la participation demandée aux parents », expose Stéphane Rio, prenant l’exemple du Lycée Nord et de ses 180
euros de demande maximum. « Quand une famille ne peut pas participer, la réponse doit être collective et l’équipe éducative doit parvenir à mobiliser d’autres sources de financement ». Mais là
encore, la pratique tend à privilégier d’autres options. « On voit se développer des projets d’établissement et non plus de classes. Ainsi, seuls s’inscrivent ceux qui en ont les moyens »,
précise Stéphane Rio. « Ce qui est dramatique car l’extra-scolaire devient vraiment le lieu où se creusent très fortement les inégalités sociales ». Un propos confirmé par Nafissa qui détaille
que « trois voyages sont proposés chaque année au collège et autant au lycée, avec des participations demandées aux familles pouvant aller jusqu’à 600 euros. Quand les dates sont fixées, les
parents vont s’inscrire directement auprès de la direction ». Même logique en primaire, où « seuls partent les enfants pouvant payer les 300 euros d’une classe de neige » insiste
Chafika.
La dimension solidaire et pédagogique est enfin oubliée dans d’autres projets menés dans le premier degré. «
Qu’une kermesse soit organisée pour financer un projet de classe ou d’école est une bonne chose car la dimension pédagogique en découle facilement. Mais pour payer un magnétoscope, non », affirme
Christophe Doré. « Malheureusement, on voit se développer des kermesses n’ayant d’autres buts que récolter des fonds. On peut même en arriver à des situations caricaturales de kermesse livrée clé
en main par des fabricants de bonbons. Or, la laïcité ne passe pas par la seule question de religion mais aussi par la politique et le commercial ».
Ce militant de l’école publique reste pourtant convaincu que « les enseignants ont encore une conscience très
forte de l’importance de la gratuité ». Côté parents d’élèves en revanche, le constat est plus amer. « Il y a là un vrai recul », estime ainsi Anne-Marie Contreras. « Pire, les parents sont
résignés. Ils ont très peur d’apparaître comme le vilain mouton noir s’ils refusent de payer quelque chose pour leurs enfants ».
Reportage
Angélique Schaller
Photo : Laurent Saccomano
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