Pour les anti-schiste, la loi adoptée, trop floue, ne règle aucun problème. Gros plan sur un collectif qui relance la mobilisation générale.
Ce soir-là, ils sont une petite dizaine dans la maison de Pierre Arnoult, au Val. Ils viennent de Salernes,
Cotignac, Régusse, La Farlède. Il y a là un expert-comptable à la retraite, des enseignants en activité, un animateur, un formateur dans l’énergie solaire…
Ce qui les unit : leur bataille contre le gaz de schiste. Certains ont rejoint le collectif varois dès le début,
d’autres ont pris le train en marche quand ils ont découvert l’ampleur du permis de Brignoles. « J’étais sur les fesses, j’ai cru à un bobard tellement c’était énorme » se rappelle ce
professeur. Ce soir, le groupe réfléchit aux actions à mener pour convaincre la population que la bataille est loin d’être gagnée, contrairement à ce qui se dit. Et que la loi à venir, même si
elle évite le pire, ne résout rien.
En douce
L’histoire du gaz de schiste commence en février, pendant la campagne des élections cantonales. Michèle Rivasi,
candidate d’Europe Écologie, anime un soir une réunion publique dans une petite salle du Val où elle évoque avec force détails un projet d’exploitation de gaz de schiste dans le Var. Le permis
en cours d’instruction couvre la bagatelle de 6781 km2, soit les 3/4 du département. La candidate, scientifique reconnue, parle de trous énormes à creuser dans le sol, de milliers de litres
d’eau mélangés à des produits chimiques à injecter dans la terre pour fracturer la roche, de pollution des sous-sols.
C’est la stupeur dans le public. Personne ou presque n’avait entendu parler de ce projet. D’où l’impression « que
le gouvernement fait les choses en douce ». La colère est née ainsi, de ce sentiment de manque de transparence. Pierre Arnoult rencontre ce soir-là des membres d’un collectif déjà actif à
Marseille. Avec quelques volontaires, il décide de lancer un blog. Et dans la foulée, naît le collectif Var contre le gaz de schiste autour d’une poignée de personnes de diverses communes. Le
but : « Informer la population sur les dangers de cette exploitation, le plus exactement possible, sans faire dans l’exagération ni le catastrophisme ».
700 visites par jour
Le collectif entame rapidement une série de réunions, d’un village à l’autre. Bras, Lorgues, Salernes, Pontevès,
Régusse... En trois mois, près de 50 communes sont visitées. Des affiches dans le village et une annonce sur le blog suffisent à rameuter la population. Le besoin d’information est évident. «
Cette démarche est très porteuse, car les participants parlent ensuite à d’autres », analyse Pierre Arnoult.
Tous les maires prêtent leur salle, « on n’en a jamais payé une ». Même si le collectif est « apolitique », de
nombreux élus s’engagent : « Quatre-vingt peut-être ont signé un arrêté pour contrecarrer cette exploitation par tous les moyens », racontent les opposants. À Brignoles (capitale de la
bataille contre le gaz de schiste, sans doute parce que le permis porte son nom), une manifestation rassemble à la mi-avril un millier de personnes. 13 000 signatures d’opposants au projet sont
remises au sous-préfet. Le blog (avec 130 articles) reçoit, quant à lui, 700 visites par jour. Bref, l’information circule. Le mouvement citoyen prend de l’ampleur. Jusqu’à ce que le
gouvernement ne le désamorce habilement en proposant de légiférer.
« Condamné à vivre »
Le collectif veut aujourd’hui passer à la vitesse supérieure. Amplifier l’information, notamment auprès des jeunes
(« c’est un travail d’éducation en profondeur »). Œuvrer avec d’autres collectifs voisins. Créer des expositions itinérantes, des montages vidéos. Bref, provoquer le débat encore plus, avec des
arguments forts et précis. « Il y a encore un boulot considérable à accomplir. Le collectif espérait mourir jeune. On est condamné à vivre plus longtemps », soupire Pierre Arnoult. Au moins
jusqu’à l’élection présidentielle.
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