A Marseille, les jeunes prennent le pouvoir
Rédaction Web
13 Avril, 2012
« J’y vais en tant que citoyen, précise-t-il, parce que, par rapport
au syndicat, je ne peux pas lancer un appel formel à voter Mélenchon. Comme beaucoup de jeunes, on est des grands déçus de la politique, mais là ça change, vous verriez le nombre de mecs qui
disent désormais ouvertement qu’ils vont voter Mélenchon ! » De passage dans le bureau, Jacques, un des anciens de la CGT Arcelor à Fos, qui, lui, était déjà à la Bastille le 18 mars, fait la
moue devant ce qu’il a l’air de considérer comme de la timidité mal placée… Mais bon, les jeunes ont pris le pouvoir, n’est-ce pas? D’ailleurs, c’est Sébastien qui a retiré le petit buste de
Lénine du local où se tiennent les réunions de la CGT... Avec ses potes, ils ont remplacé ce symbole par les leurs: pirates à l’abordage, Spartacus qui libère les esclaves, etc. « Si on se
bougeait le cul tous ensemble au même moment, ça serait vite réglé, cette guerre des classes qui dure depuis le début de l’humanité ! »La condition sociale rapprocheRetour à Marseille : depuis des années, c’est dans un café
entre la Plaine et le Cours Julien que, le soir venu, des jeunes militants du centre-ville, communistes, antilibéraux, anticapitalistes et écologistes, aujourd’hui rassemblés dans le Front de
gauche, se retrouvent et fraient, ils refont le monde ou des plans sur la comète, en remettant Marx et, parfois, Lénine sur la table : il s’appelle le Point Bar, mais comme Simon, le patron,
n’est pas adhérent du Medef mais militant du Parti de gauche, on entend quand même nettement « poing », celui qu’on ferme en chantant l’Internationale à la fin des meetings. Ce soir, après un
débat sur l’enseignement supérieur et la recherche, suivi par une cinquantaine de voisins, à la permanence de campagne du Front de gauche, il y a Nicolas (PCF), Pierre et Pauline (PG) et Mathieu,
de la Gauche anticapitaliste (GA), le courant qui est en train de quitter le NPA pour soutenir le Front de gauche. Les autres jours, après les collages, les tractages et les confections de
pancarte pour le rassemblement de ce samedi, il y a encore les camarades de la Gauche unitaire, de Convergence et Alternative, au milieu des boulistes et des fêtards… Pour beaucoup, au-delà de
l’engagement politique ou citoyen, la condition sociale rapproche : la plupart des habitués, tous diplômés ou presque, sont précaires dans la fonction publique, sous-payés ou carrément
chômeurs.A l’échelle locale, ce bar est en quelque sorte un creuset bouillant du Front de gauche. L’année dernière, lors des élections
cantonales, le Front de gauche s’était déjà ouvert au NPA – près de 15% des voix - et, tous le disent, c’est lors des soirées au Point Bar que chacun a appris à se connaître vraiment, à se
respecter. « Ce qui s’est passé ici, ça a beaucoup joué à l’intérieur du NPA, témoigne Mathieu. Notre courant en a aussi tiré les leçons au moment de sortir du gauchisme, du sectarisme et choisir
d’aller vers le Front de gauche… » Pendant ce temps, Pierre débat avec l’un des rares électeurs - dans les parages - à évoquer encore le « vote utile pour Hollande » : « Moi, en 2002, j’étais
dans les jeunesses socialistes, je l’ai faite cette campagne, je peux te dire que c’est pas à cause des Français que Jospin a été éliminé, c’était de sa faute parce qu’il n’avait parlé de rien !
Cela dit, là, on n’est vraiment plus dans la même situation aujourd’hui ! »"C'est bien de voir tous ces jeunes
arriver"Nicolas décrit, lui, les bienfaits, à ses yeux, du Front de gauche sur le PCF : « Nous, on était un parti blessé qui
n’arrêtait pas de prendre des claques, avec un passé glorieux mais aussi un passif énorme. Là, tout a changé, on est dans une dynamique avec des tas de jeunes, ça nous force à sortir d’une pure
stratégie de survie… Je crois qu’avec le Front de gauche, on va renouer avec ce qui est un des plus beau héritage du Parti, c’est de rassembler les ouvriers et les intellectuels. Maintenant, on
entend tout le monde dire que c’est bien de voir tous ces jeunes arriver, alors, il va falloir les laisser monter à des niveaux de responsabilité, et vite ! »Samedi soir, après le Prado, le Point Bar fera plus que probablement le plein, à son tour et à son échelle. A Marseille, les jeunes ne veulent plus
s’arrêter…A lire:Pour 60% des Français, Mélenchon est le candidat du changement
[1]Un Front de gauche neuf de la Têt à Pia [2]Toute la campagne du Front de gauche sur Humanite.fr [3]
Thomas Lemahieu
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