Florange : "Notre poumon économique est en jeu"
Humanité Quotidien
30 Novembre, 2012
sidérurgie
Entretien avec Patrick Peron, maire (PCF) d’Algrange, une des 23 communes de la vallée de la Fensch et sidérurgiste, alors que l'ultimatum de Mittal
arrive à échéancece vendredi.
Comment réagissez-vous à la perspective d’une nationalisation temporaire du site d’ArcelorMittal ?
Patrick Peron. C’est un premier pas dans une direction que nous, élus locaux communistes, nous avons défendue depuis l’origine du problème.
Nous allions toutefois au-delà en proposant une nationalisation de l’ensemble de la sidérurgie : tous les sites d’ArcelorMittal en France. Cette hypothèse n’est pas retenue. Mais le
contrôle public du site de Florange, je l’avais défendu dans le cadre des législatives. En suggérant même, si l’État n’avait pas les moyens, de créer un pôle composé d’entreprises
nationales, telles EDF, et d’autres entreprises utilisatrices d’acier, de l’automobile, qui pourraient mettre la main à la poche. Aujourd’hui, le gouvernement parle de nationalisation
temporaire. C’est une première victoire, dans la mesure où, il y a encore quelques mois, aussi bien Montebourg que les élus locaux socialistes et de droite rejetaient cette idée. On se
trouvait un peu seuls, avec les syndicats CGT et FO, à défendre cette idée. De même, nous défendions l’idée qu’il est impossible de couper le site en deux, filière chaude et filière
froide. Nous avions raison : Montebourg nous dit maintenant que le repreneur souhaite reprendre toute l’activité de Florange. La seule façon d’y parvenir, c’est de virer Mittal et de
reprendre le contrôle de l’usine.
Pour la population, quel enjeu représente
le maintien du site d’ArcelorMittal ?
Patrick Peron. L’annonce de 629 suppressions d’emplois ne tient pas compte des emplois de sous-traitants et d’intérimaires (500 sur le
site). Sans compter l’impact sur les transporteurs, etc. Et sur les recettes pour les collectivités territoriales : ArcelorMittal verse 7 millions d’euros aux dix communes de la vallée de
la Fensch autour des
hauts-fourneaux. C’est notre poumon économique.
Après les vagues de suppressions d’emplois,
de fermetures d’usines, de promesses déçues
pour les Lorrains, vous y croyez encore ?
Patrick Peron. Si, demain, le gouvernement nous dit que Mittal ne cède pas et que la solution envisagée par Montebourg n’est pas bonne, on
ira vers ce que Parisot appelle de ses vœux, un plan social. Au nom d’un dogme libéral. Impensable ! Le site de Florange a été modernisé en 1984. C’était à la suite d’un plan acier
prévoyant 20 000 suppressions d’emplois, qui avait déclenché une grosse bagarre ; en réponse, le gouvernement avait annoncé la modernisation de certains sites, dont Florange. Autrement
dit, si ce site existe encore, c’est grâce aux luttes menées.
Entretien réalisé par Yves Housson
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