Ferrat, entre texte et images
Voici l'article de Marion d'Allard sur l'un de mes nouveaux livres, celui sur Jean Ferrat, publié dans l'Humanité du 16 septembre 2011. Le livre est en vente
en exclusivité au Village du Livre de la Fête de l'Humanité.
Par MARION D'ALLARD
Par MARION D'ALLARD
Jean Ferrat s’en est allé le 13 mars 2010, nous laissant héritiers de sa musique, de ses luttes ardentes, de son humanité, refermant «l’un des plus beaux
chapitres de notre histoire commune. Une histoire de profonde liberté d’agir et de penser», écrit Jean-Emmanuel Ducoin. Rédacteur en chef de l’Humanité, il signe Jean Ferrat,
l’homme qui ne trichait pas. Un livre miroir, biographique et photographique, où l’image et le texte font corps, dans une valse de plus de 200 pages. On y rencontre Jean Ferrat, à chaque
étape de sa vie, des plus joyeuses au plus douloureuses, de ce «petit Versaillais à l’air timide», à «l’artiste que vient voir et applaudir un public immense», de Jean
Tenenbaum, à Jean Ferrat.
Un destin rare,
jalonné de rencontres, structuré par les luttes, inspiré par l’amour de la poésie. Gamin des quartiers populaires, orphelin d’un père mort à Auschwitz, Jean Ferrat pansera ses plaies par les
arts, en choisissant le théâtre d’abord, la musique, ensuite. Les débuts sont difficiles dans ce Paris des années cinquante ou fourmillent tant et tant de talents. «Persévérant et tenace,
tels ces forçats de la scène qui tentent d’ouvrir toutes les portes, Jean finira par décrocher un engagement (…)», écrit Ducoin. Un droit d’entrée, guitare à la main, dans un de ces
cabarets de la rive gauche. Une porte ouverte sur le monde de la nuit parisienne. Jean Ferrat y croisera le regard de Christine Sèvres, comédienne. Et les photos qui habillent le livre de
Jean-Emmanuel Ducoin témoignent d’un bonheur sans faille.
Clichés noir et blanc, tout en sourire et en douceur de vivre. Au fil des pages, on retrouve entre autres, les visages d’Aragon, bien entendu, pour qui Jean
Ferrat aura une admiration sans borne, et de sa femme Elsa Triolet. On se souvient des textes du poète, portés par la guitare du musicien. L’humanisme combatif de Ferrat sera la matrice de
son œuvre. Et Jean-Emmanuel Ducoin écrit : «Avec le premier 33 tours qu’il sort chez Barclay, Jean Ferrat va frapper un grand coup et devenir pour toujours un géant de la chanson
française.» Nous sommes en 1963 et Nuits et brouillard, échos au plan nazi Nacht und Nebel, devient le point d’ancrage de ses engagements, la thérapie aussi, de sa propre
histoire. Des portes des usines, où il soutient les ouvriers en grève, aux pavés parisiens de Mai 68, Jean Ferrat ne cessera de défendre son idéal, un idéal communiste, loin, cependant, des
réalités soviétiques.
La censure frappera fort. Ostracisé, le poète musicien verra l’interdit se transformer en piédestal et «ces entraves à la liberté d’expression participeront à la
gloire de Ferrat, assurément», note Jean-Emmanuel Ducoin. Les succès s’enchaînent et Jean Ferrat trouvera à Antraigues, en Ardèche, le havre de douceur qui l’apaise et l’inspire,
«une terre d’adoption». Une terre qui l’aidera à surmonter la perte de Christine Sèvres en 1981, une terre qui verra renaître l’amour, celui pour Colette qu’il épouse en 1992…
Cette vie de tumultes et de luttes, d’engagements et de poésie, Ferrat, souvent blessé mais jamais abattu, l’aura vécue en se restant fidèle, et Jean-Emmanuel Ducoin nous invite au
souvenir. Co-édité par Jean-Claude Gawsewitch et l’Humanité, ce livre est un morceau d’histoire de la chanson française, posée sur du papier glacé. La beauté des photos agit comme un
révélateur à la simplicité précise du texte. L’histoire d’une vie d’exception, sublimée par le visage d’«un homme qui ne trichait pas».
(Jean Ferrat, l'Homme qui ne trichait pas, de Jean-Emmanuel Ducoin. Éditions Jean-Claude Gawsewitch/l’Humanité, 223 pages,
29,90 euros.)
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