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Article paru le 8 mars 2010 dans l'Humanité

 

Féminisme 1910-2010 : La parole aux invisibles du travail


Par Nadine Jasmin, universitaire, responsable de projets dans l’association Éclats de voix

Point de vue.

Comment parler du « travail invisible » des femmes  ? Serait-ce une provocation, alors que 80 % d’entre elles sont actives  ? Qu’elles étudient, gagnent leur vie, deviennent chercheuses, entrepreneures, avocates  ? À rebours des évidences quotidiennes, le travail des femmes demeure largement discriminé. Elles constituent le gros des bataillons de travailleurs pauvres, puisque 80 % des très bas salaires (moins de 650 euros par mois) sont touchés par des femmes. Quant aux salaires féminins, ils demeurent, malgré les lois sur l’égalité salariale, inférieurs de 25 % à ceux des hommes. Comment s’en étonner, lorsqu’on sait que 80 % des temps partiels sont occupés par des femmes, qu’elles consacrent quatre heures par jour au travail domestique et qu’une femme sur deux seulement travaille après cinquante ans. Que dire, enfin, de ces deux à trois millions de salariées victimes de harcèlement moral et sexuel au travail  ? Alors, que faire  ? S’indigner  ? Commander des rapports  ? Publier de nouvelles lois  ? Ou prendre le problème à bras-le-corps, comme Colette, Khôkha, Salematou ou Manuela  ?

Elles sont restauratrice, secrétaire ou femme de ménage. Avec l’association Éclats de voix, elles ont pris la parole et la plume pour parler de leur travail et de la condition des femmes au travail. Cent quarante-sept propositions sont nées de cette série d’entretiens, de témoignages et d’ateliers, rassemblés dans un livre  : Exploitées  ? Le travail invisible des femmes  (*).

Que proposent-t-elles  ? Prendre pleinement la mesure des inégalités femmes/hommes au travail. Faire évoluer les représentations des hommes et des femmes sur eux-mêmes pour modifier le partage des rôles, encore profondément inégal, au travail et à la maison. Lutter contre l’invisibilité du travail féminin en favorisant la prise de parole des salariées. Inventer de nouvelles méthodes, de nouvelles manières de penser et d’agir pour s’approprier de façon participative ces questions. Investir des moyens, du temps et de l’argent dans l’information et la formation des acteurs du monde du travail. Inciter les employeurs aux bonnes pratiques, sanctionner les mauvaises, promouvoir les bonnes. S’inspirer des législations internationales les plus protectrices des droits des femmes. Soutenir les catégories les plus fragiles  : femmes au chômage, peu qualifiées, sans papiers… Réhabiliter le travail des femmes par sa reconnaissance sociale et financière. Ces propositions ne sont pas un manifeste mais une matière à débat. Elles veulent interpeller, mobiliser chacune et chacun pour transformer le regard et les pratiques sur le travail des femmes, œuvrer à une véritable égalité, construire ensemble le travail et la société dont nous rêvons.

(*) Nadine Jasmin, Exploitées  ? Le travail invisible des femmes, éd. Les Points sur les i, 14,90 euros.

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Tag(s) : #Société
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