Pas de prof d’espagnol ? Eh bien, faites de l’italien ou de l’allemand!
Voici la mésaventure vécue par une soixantaine d’élèves en seconde professionnelle au lycée
Léo-Lagrange de Bully-les-Mines (Pas-de-Calais). Le rectorat de Lille a demandé aux jeunes privés de deuxième langue vivante depuis septembre, faute d’enseignants disponibles, mais qui ont
pourtant déjà effectué deux années d’espagnol au collège, de choisir entre l’italien et l’allemand, deux langues dont l’enseignement est assuré dans l’établissement.
Ce bidouillage a aussitôt fait bondir les parents d’élèves. « C’est honteux pour nos élèves, s’indigne Francis Fauquette, responsable local de la FCPE. C’est comme si on disait : “C’est un lycée pro, ce n’est pas grave. Les choix des élèves, on s’en fiche !” On aurait pu au moins les prévenir avant la rentrée. » De fait, l’affaire traîne depuis le printemps dernier, époque à laquelle le proviseur du lycée a appris qu’il n’aurait pas de poste en espagnol. « J’ai fait lettre sur lettre au rectorat, explique Jean-Marc Godeffroy dans la Voix du Nord. Mais il n’a pas su pourvoir ce poste. » Depuis la rentrée, la soixantaine d’élèves concernés enchaînent donc les heures de permanence. Avant d’apprendre, au retour des vacances de Noël, qu’il leur fallait désormais choisir entre la langue de Goethe ou celle de Pétrarque.
À l’origine de ce bug : la réforme du lycée professionnel. Ce texte, imposé à la va-vite, a rendu l’apprentissage de la deuxième langue vivante obligatoire, alors qu’elle était jusqu’ici optionnelle. « Mais comme le ministère refuse à tout prix d’ouvrir de nouveaux postes au concours, explique Jérôme Dammerey, co-secrétaire général du Snuep-FSU, les rectorats et les établissements peinent à trouver suffisamment de profs de LV2. » Et, parfois, font payer aux élèves le prix de la pénurie. Selon le Snetaa-EIL, premier syndicat de la filière professionnelle, la situation est surtout problématique dans le Nord-Pas-de-Calais et certaines académies de l’est de la France. « Même si ce n’est pas généralisé, cela reste inacceptable », estime Pascal Vivier, le secrétaire national du syndicat.
Contacté par l’AFP, le rectorat de Lille semble vouloir minimiser le problème. « Avant, la deuxième langue n’était pas obligatoire et il arrivait fréquemment que les élèves arrêtent leur deuxième langue en seconde, explique-t-on. On ne parle pas d’une filière littéraire où la langue est primordiale… » Exactement le genre de remarque qui ulcère Jérôme Dammerey. « Cette attitude démontre encore une fois que l’enseignement professionnel est considéré comme la dernière roue du carrosse. »
À Léo-Lagrange, les lycéens ont débuté, bon gré mal gré, leur nouvelle langue. « Ils arriveront au bac avec trois ans de LV2 au lieu de cinq pour les autres candidats, peste Francis Fauquette. C’est une vraie vacherie qu’on leur fait. »
Laurent Mouloud
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