Humanité Quotidien
6 Octobre, 2011
Par Jean-Michel Brun, Maire adjoint de Morsang-sur-Orge (essonne), animateur de la section du PCF.
Parmi ceux qui s’interrogent ou sont tentés d’y participer, j’ai rencontré plusieurs cas de figure, là encore contradictoires. J’entends des personnes, sincèrement de gauche et avant tout préoccupées de se débarrasser de Nicolas Sarkozy, qui trouvent que ce n’est pas tous les jours qu’on leur demande leur avis et que c’est là une bonne occasion de s’exprimer. Et j’entends aussi l’interrogation d’amis du Front de gauche, fermement déterminés à voter pour son candidat au premier tour de la présidentielle, mais soucieux de ne pas avoir l’un des plus droitiers du PS comme candidat de la gauche au deuxième tour.
Premièrement, au-delà de la diversité des raisons pour voter à la primaire, les responsables socialistes et le candidat ou la candidate finalement choisi ne retiendront qu’une chose : plus le nombre de votants sera élevé, plus il marquera la « légitimité » et la « crédibilité » du candidat PS, plus il reléguera les autres comme candidats de deuxième ou troisième ordre. En quoi la démocratie sortira-t-elle grandie de cette « préemption » ?
Deuxièmement, ce processus monte d’un cran la survalorisation du « chef de l’État » et donc de son élection, au détriment de la représentation nationale, à savoir les parlementaires et singulièrement les députés. Leur élection en juin servira-t-elle à mettre en œuvre la politique voulue par les citoyens ou par le nouveau monarque élu ? En quoi la démocratie sera-t-elle renforcée d’être ainsi encore plus assujettie à l’élection présidentielle ?
Troisièmement, à peine quelques mois après l’adoption du programme de leur parti, aucun des candidats socialistes ne trouve utile d’y faire référence, chacun y allant de ses propositions personnelles. Où est donc l’intelligence collective, où est donc la volonté de mettre les citoyens en situation de coélaboration, de contrôle ? En quoi cette mise en scène de supposés « hommes – ou femmes – providentiels » fait-elle progresser d’un iota une citoyenneté réelle ?
Quatrièmement, s’il y a d’évidence plus que des nuances entre les candidats à cette primaire, il n’en reste pas moins qu’aucun d’entre eux, même les supposés « plus à gauche », n’entend remettre en question les différents traités européens qui ont tous recueilli l’aval du PS. Aucun ne dit comment il entend affronter la sacro-sainte règle de la « concurrence libre et non faussée ». En quoi leur permettre d’en faire l’économie peut-il faire avancer le vrai débat à gauche ? En quoi le PS, qui s’est malheureusement trop souvent exonéré de ses propres engagements, va-t-il être contraint cette fois-ci à s’y tenir, s’il peut se servir de la primaire comme d’un nouveau chèque en blanc ?
Pour autant, il ne faudrait surtout pas perdre de vue les aspects fondamentaux qu’exprime l’intérêt à l’égard de celle-ci : la volonté farouche d’en finir avec la droite et Sarkozy, l’intérêt populaire pour la chose publique et la politique, l’aspiration à être partie prenante, à une nouvelle citoyenneté. C’est cela qui doit donner sens à l’engagement du Front de gauche, partout où nous sommes.
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