Le riz a été directement mis en sacs lundi au silo de Tourtoulen, en présence du président de la Région, Michel Vauzelle et du responsable des lieux. LAURENT SACCOMANO
Le conseil régional et les riziculteurs camarguais se mobilisent pour les populations de la Corne d’Afrique. 110 tonnes de céréales partiront du port
de Toulon début septembre.
Du riz pour la Somalie… Cette fois, ce sont la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur (Paca) et les riziculteurs de Camargue qui se mobilisent pour venir
en aide aux millions de personnes victimes de la famine : 110 tonnes de riz étaient hier en cours d’emballage au silo de Tourtoulen, au cœur de la Camargue. Les cinq conteneurs également
achetés par la Région seront chargés à bord d’un bateau commercial amarré au port de Toulon puis partiront pour Djibouti début septembre. Une aide de 500 000 euros a par ailleurs été
votée fin juillet à destination des populations de la Corne d’Afrique.
Louable, l’intention nous ramène inévitablement une bonne vingtaine d’années en arrière. Avec, gravée dans notre cerveau de
collégien, cette image du French doctor déballant lui-même le sac de riz que nous pensions avoir contribué à remplir. Pour apprendre quelque temps plus tard que les 4 000 tonnes de
denrées n’avaient, pour la plupart, jamais pu arriver à destination.
Accompagné du maire (PCF) d’Arles, Hervé Schiavetti, le président (PS) du conseil régional, Michel Vauzelle est venu nous
rassurer. « Nous n’envoyons pas un chèque, nous avons réuni un comité à la Région avec la Croix Rouge, le Secours populaire, Action contre la faim et c’est par ces organismes que nous
passons pour être sûrs que tout arrive, précise l’élu, d’autre part, l’armée française et l’ONU protègent l’acheminement de ces marchandises. » Concrètement, le don est fait à la cellule
de crise du ministère des Affaires étrangères à l’arrivée au port, dans le cadre du programme alimentaire mondial.
Un courrier adressé à Nicolas Sarkozy
C’est parce qu’il a eu un « haut le cœur » en voyant se succéder les images de chefs de gouvernement au chevet des banques et
celles de « mamans abandonnant au bord de la route leurs bébés squelettiques », que le président de la Région a impulsé cette chaîne de solidarité. « En tant que vice-président de la
commission Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, j’ai également envoyé un courrier au président de la République pour qu’il réunisse le G20, que les pays les plus riches viennent
en aide aux plus pauvres, quelle belle image ce serait… », s’emballe ce dernier. S’adressant également au « chef des armées », Michel Vauzelle demande à ce que des troupes soient envoyées
pour « sécuriser et acheminer médicaments et nourritures ». « Les shebab qui détournent les convois à leur profit, n’ont pas les moyens de l’armée de Khadafi en Libye ou des Talibans en
Afghanistan où la France a pourtant des troupes », assène l’élu déplorant la réponse « minuscule » de la communauté internationale face à la crise somalienne.
De son côté, le PDG des silos de Tourtoulen, Florian Lacrotte, estime tout à fait logique de soulager « la souffrance humaine ».
Confirmant que les sacs de riz lui sont payés, il précise que les conditions tarifaires ne lui laissent cependant « aucune marge ». Mieux, les employés ont mis les bouchées doubles,
certains revenant plus tôt de congés, assure-t-il.
Reste que pour lui, ce geste « ne résout en rien les problèmes de fond ». Et de dénoncer la spéculation sur les matières
premières. « Nous avons besoin de prix stables, on ne peut plus laisser au libéralisme le soin de régler nos volumes de biens de première nécessité, s’indigne-t-il, or cette stabilité
pourrait être trouvée au moyen de stocks et de stockages stratégiques dont pourraient bénéficier les pays les plus pauvres. »
En attendant, les conteneurs de riz camarguais devraient arriver à destination après un voyage d’une dizaine de jours « s’ils ne
rencontrent pas de pirates », nuance un des responsables de l’opération.
MIREILLE ROUBAUD
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