Expulsion : Qu’est-il arrivé à Nanette Alanhi-Bangofa ?
Depuis dix jours, Nanette Alanhi-Bangofa se morfond à Brazzaville, capitale du Congo. C’est à peu près la seule certitude dans ce qu’il faut bien appeler désormais l’affaire Nanette. Pour le
moins étrange, cette histoire (lire l’Humanité du 24 octobre) oppose deux versions totalement contradictoires.
Élève en BTS au lycée Siegried à Paris, Nanette raconte qu’elle a été arrêtée à la gare du Nord, le 21 octobre au matin, emmenée directement à Orly, puis expulsée vers le Congo-Brazzaville, via Casablanca. Mais la préfecture de Paris et le ministère de l’Immigration démentent l’existence d’une « mesure de reconduite forcée » : Nanette serait rentrée de son plein gré, moyennant un pécule de 300 euros. Les documents de l’Office français de l’immigration (Ofii), que nous avons pu consulter, indiquent en effet, que la jeune fille a déposé une demande d’aide au retour humanitaire. Un autre document, signé de sa main, accuse réception des 300 euros à l’aéroport. Les signatures sont troublantes, tout comme le sont les démentis de Nanette. Joint plusieurs fois par téléphone, la jeune fille maintient sa version, jure qu’elle ne sait pas ce qu’est l’Ofii, qu’elle n’a jamais reçu 300 euros et qu’elle ne souhaite qu’une chose : revenir à Paris. Elle aurait effectivement signé un document à l’aéroport, sans savoir de quoi il s’agissait.
Troublante, cette affaire pose de nombreuses questions. Si Nanette avait effectivement souhaité rentrer au Congo, comment expliquer qu’elle se soit rendue à l’aéroport avec son sac de cours comme unique bagage ? Plus étonnant encore, Nanette affirme que deux policiers étaient à ses côtés dans l’avion jusque Casablanca. Or, d’après une source policière, « on n’a jamais vu une aide au retour volontaire sous escorte »…
Christian Alloncius, professeur au lycée Siegfried et membre du Réseau éducation sans frontières, ajoute que Nanette, sous le coup d’une obligation de quitter le territoire depuis septembre, n’était pas éligible à l’aide au retour humanitaire. « On peut se demander dans quelles conditions une jeune fille parfaitement intégrée, qui bénéficie d’une bourse de 400 euros par mois, est intéressée par une aide au retour de 300 euros », ajoute-t-il. L’association Un visa pour Nanette collecte les fonds nécessaires à son retour (1). Interpellé sur cette question, Éric Besson a publié un démenti acide, accusant le PS d’être « à la remorque des associations les plus extrémistes ». Et le ministre de préciser que Nanette peut demander un visa, à condition de rembourser la somme perçue.
Marie Barbier
(1) www.nanette-siegfried.org
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