Humanité Quotidien
2 Août, 2011
Éditorial par Jean-Paul Piérot
La guerre que se livraient républicains et démocrates au Congrès des États-Unis devrait prendre fin, au moins provisoirement. Le sujet de la dette publique va quitter la une des journaux et cesser de servir de munition aux imprécations des animateurs de Fox News. Toutefois, le soulagement de Barack Obama, qui s’est exprimé quasiment chaque jour devant la presse depuis le début de l’été, ne saurait dissimuler la fragilisation qui l’affecte. Poussé par son aile ultraréactionnaire des Tea Parties, qui alignent au moins une cinquantaine de représentants, le Parti républicain a marqué des points dans la guérilla qu’il mène contre le président américain pour réduire à une peau de chagrin tout projet tendant à diminuer un tant soit peu les injustices sociales les plus criantes au cœur de la plus grande puissance industrielle mondiale.
La lecture de la crise qui a agité l’Amérique et fait trembler les marchés financiers doit évidemment s’effectuer sous ce prisme politique dans la perspective de l’élection présidentielle de l’automne 2012 lors de laquelle le président démocrate jouera la prolongation pour quatre nouvelles années de son bail à la Maison-Blanche.
Déjà malmené en 2010 aux élections législatives du Midterm remportées par les républicains dans les deux chambres, Barack Obama a reconnu que le compromis auquel les démocrates ont dû aboutir pour sortir de l’impasse est loin d’être satisfaisant. Le pays ne sera pas en défaut de paiement, le plafond de la dette ayant été relevé de plus de deux mille milliards de dollars, mais cette concession est conditionnée à un train de coupes dans les budgets sociaux, et notamment sur l’embryon de sécurité sociale et d’assurance maladie que constituent Medicare et Medicaid. Or, l’annonce de la création d’un système de protection sociale dans le sanctuaire du capitalisme proclamé dans le programme d’Obama avait joué un rôle déterminant dans la mobilisation populaire ayant rendu possible la fin du règne des néoconservateurs de l’époque Bush.
Déjà largement écorné, le projet promis en son temps par Bill Clinton avant d’échouer sur le rempart du lobby des assurances privées sera affecté par l’austérité exigée par les ultralibéraux, Obama a dû en convenir dans l’intervention qu’il a faite pour rendre compte de l’accord passé par les parlementaires. De nombreux démocrates ne cachent pas leur désenchantement et leur colère. Comme le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, qui s’était illustré par un discours récent, implacable réquisitoire contre le projet républicain, qui prend aux pauvres pour satisfaire Wall Street, et qui n’a pas hésité à conduire les États-Unis au bord de la faillite pour empêcher toute évolution progressiste de la société américaine. Quant à Barack Obama, il paie ses hésitations à agir vite et avec détermination dans la première partie de son premier mandat quand il disposait d’une large majorité parlementaire. Si la bataillle n’est pas perdue, elle est aujourd’hui plus difficile. On ne sera pas non plus surpris d’entendre le ministre français de l’Économie, François Baroin, se féliciter de la teneur de l’accord de Washington. Pour frapper les plus pauvres et épargner les plus riches, l’UMP est aussi forte que le Parti républicain.
Si les perdants sont les couches populaires, les rois du pétrole et de la finance ne contribueront pas à l’effort.
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