Article paru le 22 avril 2010 dans l'Humanité
L’affaire Garzon prend une tournure internationale

Envoyée spéciale.
Plus qu’un rituel, c’est un enjeu de salubrité publique. Devant l’Audience nationale, la plus haute instance pénale où doit être prononcée incessamment sous peu la suspension provisoire du juge Garzon, des centaines de personnes se réunissent chaque soir. « Plus de juge comme Garzon », « Quelle honte, quelle honte », peut-on lire sur quelques-unes des pancartes. « Il a cherché à clarifier les délits commis sous l’époque de Franco et c’est lui qui se trouve sur le banc des accusés ? C’est le monde à l’envers », s’emporte Arturo Serrano, retraité. Selon lui, « cette décision est plus politique que judiciaire », car, rappelle-t-il, le juge Garzon enquêtait également sur les affaires de corruption qui éclaboussent les deux grandes formations, le Parti populaire et le Parti socialiste.
Arborant un drapeau argentin, Gerardo Arias rappelle qu’il a été contraint de fuir son pays lors du coup d’État militaire. Sa présence est la marque d’une reconnaissance à l’égard de celui qui a contribué à briser la chape de plomb de l’impunité dans le cône Sud. Le septuagénaire applaudit la démarche de deux exilés espagnols qui, à Buenos Aires, ont décidé de porter plainte contre les crimes de la dictature. En somme, saisir les tribunaux étrangers puisque l’Espagne ne respecte pas les traités internationaux en matière de droits de l’homme, comme l’y a pourtant sommé à plusieurs reprises l’ONU. « L’auto-amnistie a assez duré, juge Gerardo Arias. On ne peut pas laisser les crimes impunis même si leur condamnation tient avant tout du symbolique. » À Madrid le réalisateur Pedro Almodovar, l’écrivaine Almudena Grandes et Marcos Ana, l’ancien plus vieux prisonnier politique sous le franquisme, liront un manifeste de soutien au juge. Nombre de plates-formes contre l’impunité ont décidé d’interpeller hors des frontières, en demandant, par exemple, à l’UE d’octroyer le prix Sakharov au juge Garzon et à toutes les victimes du franquisme. D’autres proposent de barrer l’Espagne d’un point d’interrogation sur les billets d’euros : « Qui sont les victimes ? Où sont-elles et jusque quand ce silence ? »
C.C
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