Ce n’est pas un lancer de chaussure qu’a affronté hier sur France Inter le ministre de l’Éducation nationale, mais un renvoi de palmes académiques. Dès l’ouverture en effet des questions aux auditeurs de la matinale, un enseignant de Lille lui rappelait que, comme lui, des dizaines de personnes décorées de la plus haute distinction de l’Éducation nationale avaient choisi ce moyen de protester contre sa politique et contre les choix du gouvernement. «Choquant», pour Luc Châtel. Mais ce qui est choquant, c’est bien la suppression de 9 000 postes d’enseignants à la rentrée dans le primaire et la fermeture de 1 500 classes.
C’est en reprenant les mêmes arguments qui sont les siens depuis des semaines et que contestent dans leur masse les syndicalistes, les parents d’élèves, les élus que le ministre a tenté de justifier l’idée selon laquelle on fera forcément mieux avec moins. Non sans se contredire lui-même en tentant de démontrer qu’en réalité on faisait avec plus, puisque le Parlement aurait voté le budget le plus important jamais adopté. Sauf que l’OCDE a déjà relevé que ce budget, s’il augmentait en masse, enregistrait en pourcentage du PIB une baisse supérieure à la moyenne des pays qui relèvent de ses études. La réalité, c’est ce que vivent tous ceux qui sont concernés et elle est brutale.
En fait il y a une certaine inconséquence intellectuelle de la part du ministre à vouloir justifier ces mesures au nom de ce qui serait une nouvelle efficacité, puisque qu’elles ne sont que la conséquence de la révision générale des politiques publiques, la RGPP, engagée par le gouvernement et dont l’axe majeur est la suppression d’un fonctionnaire sur deux, assortie de coupes drastiques dans tous les budgets. Une politique dont les maires et les élus constatent les ravages. À 84 % pour ceux des petites villes. On comprend de ce point de vue, soit dit en passant, pourquoi lors des dernières cantonales nombre d’élus locaux ne se souvenaient plus qu’ils étaient membres de l’UMP. Ils ont aussi le sentiment un brin désagréable d’être devenus les dindons d’une mauvaise farce, quand ils se disaient attachés à «une modernisation des services publics et une réforme de l’État». Eh bien la voilà la modernisation, la voilà la réforme. Elle est la mise en œuvre brutale d’une philosophie, enfin disons d’une politique, ultralibérale, du moins d’État : moins de services publics de l’éducation, de la santé, moins de protection sociale. C’est la politique même du pacte euro plus, ce complot contre les peuples d’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy face auquel le PCF en France comme le Parti de la gauche européenne ont appelé à la résistance et à la mobilisation.
Mais il est humain sans doute de se nourrir parfois d’illusions. Ainsi pour la majorité des élus, ces ravages de la RGPP seraient dus à un manque de concertation. Sauf qu’elle a été voulue et organisée. C’est l’Association des maires des petites villes elle-même qui cite Claude Guéant : «Si nous avions adopté des méthodes classiques de préparation de la décision (…) nous en serions à 5 % du chemin parcouru. Les mesures ont été prises dans un cercle assez restreint mais le président de la République et le gouvernement ont la double légitimité du suffrage universel.» Faut-il décrypter ? Ce n’est pas du suffrage universel qu’il s’agit. Le pacte euro plus a été conçu dans un cercle européen plus restreint encore, pour mettre sous tutelle les finances et les politiques publiques des États. Quelle concertation ? C’est un coup de force permanent contre la démocratie.
Nombre d’élus qui attendaient «une modernisation des services publics» sont un peu devenus les dindons de la farce.
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