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Au désespoir les jeunes sont tenus


 

Article paru dans La Marseillaise du vendredi 10 septembre 2010

 

 

Photo archives LM
Photo archives LM

Ils écoutent avec colère et désenchantement les péroraisons gouvernementales à propos du chômage des jeunes mais ils n’en peuvent plus de patienter et de se résigner. Eux, les jeunes en question.


Infatigable animateur de l’association Eclat, Ben rencontre cet après-midi les jeunes de Marignane. Au cybercafé comme au petit snack ou Walid fait office d’ambassadeur et de confident. Il y a là Rachid, Abdelwaheb, Fatiha, Enver, Ergan, Mohamed et Abderrahmane. Moyenne d’âge : 20 ans. Tous hors circuit scolaire, sauf Abderrahmane surnommé le docteur pour cause d’études supérieures en cours, sauf Fathia. Ils acceptent de parler. Mais avec réticence. Et ils ne veulent pas de photos. Surtout pas de photos. « La peur de personne », explique Fatiha. Mais une précaution. « On ne veut pas de problèmes. Même si les fachos du FN ne sont plus en mairie, on reste des cibles. Demandez à Walid qui vient de recevoir trois contrôles coup sur coup dans son petit snack sans histoire. »
Walid, justement, est en colère. Très en colère. Jeune père de famille, il n’a que son snack pour vivre. Et on ne lui facilite pas les choses.
    « J’ai arrêté mes études depuis longtemps. Ma famille n’avait pas les moyens d’entretenir un fils sans ressources. Alors j’ai fait des tas de petits boulots. Tout ce que les autres refusaient. En deux ans j’ai pu économiser assez pour ouvrir ce petit resto de quartier dans le centre ancien de Marignane. Mais rien n’est simple. Je croyais m’en sortir et voilà qu’on veut me démolir administrativement. Après comment ne pas comprendre les jeunes qui se disent persécutés ? Moi je les comprends. Même si évidemment je n’approuve pas leur paroles excessives du genre ëëon va tout faire péter’’ ni leur attitude quelquefois un peu arrogante. »


   

Fatiha revient à la charge. Pour elle il ne s’agit
pas d’arrogance mais de dignité.

 


« On en a ras le bol de leurs discours à tous ces politiques. Sur le terrain c’est nous qui sommes visés par le racisme. Pas eux. Et ce n’est pas en donnant quelques postes de ministres à des personnes issues de l’immigration que les choses vont changer. Au contraire. Ils deviennent des alibis. Et nous on continue d’être dans la merde. Qu’il s’agisse de l’école ou de leur Pôle emploi machin qui n’est une grosse administration de plus. Avec des employés fonctionnaires qui eux ont la sécurité de l’emploi. Alors on réagit à notre manière. Moi j’ai commencé des études de droit à la fac. Et aujourd’hui je suis caissière remplaçante dans un hyper discount. Les autres sont tous dans la même situation scandaleuse. Ou pire. A croire que l’on veut nous pousser au désespoir. »
Jusqu’à présent Ben écoutait. Maintenant il approuve. Tout en demandant aussi aux jeunes de se prendre en main.
    « Depuis vingt ans avec notre asso Eclats, nous avons tenté d’aider les jeunes à s’en sortir. Avec des cours d’alphabétisation, des stages d’informatique, des conseils, des voyages, des concerts, des expositions, des rencontres, du sport. Mais il faut dire que le soutien des institutions a été minable. Nous n’avons jamais pu obtenir de subventions sérieuses nous permettent d’agir avec constance. Et voilà aujourd’hui que l’on apprend que des centaines de milliers d’euros de subventions régionales ont été attribuées sans contrôle à des associations fantômes. On a de quoi se décourager et comprendre la vraie colère des jeunes. Le problème c’est que les élus se contentent de beaux discours et ne viennent jamais travailler avec nous sur le terrain. C’est vrai qu’il y aurait des risques pour certains. Mais les jeunes sont ouverts au dialogue. Ils demandent simplement que l’on ne se moque plus d’eux à longueur de discours. Tenez le cas de Rachid. Chaque fois qu’il annonce son nom au téléphone pour obtenir un emploi, on lui dit que ça ne va pas être possible. Il n’en peu plus. Je comprendrai si il craquait à un moment ou à un autre. »
Jusqu’alors silencieux, comme absent, Enver prend à son tour la parole. Il parle de ses parents, de ses frères et sœurs. Des difficultés financières constantes depuis des années pour cause de chômage. De son désespoir.
    « Je suis Kurde, c’est-à-dire pire que Turc pour les gens. Mon père est en France depuis vingt cinq ans. Il travaille comme maçon le jour et serveur le soir dans un resto kebbab d’Avignon. Un minimum de 70 heures de travail par semaine. Et quoi au bout ? La misère, le rejet. Moi je travaille de temps à autre. Comme manœuvre. A 19 ans ma vie est déjà finie. Voilà ce que cette société propose à la jeunesse immigrée. »
    Ben regarde les jeunes, il tape sur l’épaule de Walid et il s’insurge encore. « Il y a des jours où tout pourrait exploser. Les politiques jouent avec le feu. A commencer par le secrétaire d’Etat à l’emploi Laurent Wauquiez qui vient en permanence nous narguer avec sa tête de premier de la classe. Que sait-il des difficultés des jeunes ? Quand et comment a-t-il travaillé dans la vie réelle ? Comment ose-t-il parler d’amélioration ? Il est non seulement incompétent mais irresponsable. Irresponsable. Je plains ses administrés du Puy-en-Velay ».

Reportage
Salvatore Lombardo

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Tag(s) : #Société
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