Pour des relevés de compteurs identiques, la facture augmentera de 3%… pour l’instant. STEPHANE CLAD
Electricité. Les tarifs vont augmenter de 3% à partir du 15 août et cela pourrait bien n’être qu’un début.
Quand la libre concurrence est faussée par les tarifs trop bas de l’opérateur historique, le gouvernement
qui en est pourtant l’actionnaire principal, décide de les augmenter.
C’est ce qui vient de se produire avec l’annonce de la hausse de 3% de l’électricité
fournie aux particuliers. Et plus pour les entreprises et professions libérales. Une hausse applicable au 15 août. Un mois et demi après la série des mauvais coûts
effectifs au 1er juillet.
Après la décision de l’ouverture à la concurrence du marché de l’électricité, logique
sarkozienne oblige, fallait bien permettre à celle-ci de jouer en faveur des opérateurs privés. Dans ces conditions, quand les tarifs d’EDF ne permettent pas à ses
rivaux de s’aligner, le gouvernement décide de les augmenter. De toute façon, ce sont les usagers qui paieront. « Et si cette logique continue à prévaloir, ce n’est pas
fini », prévient Michel Frate, secrétaire général du syndicat CGT des industries électriques et gazières de Marseille. Il estime en effet qu’il faudrait que la hausse de
l’électricité relevant du tarif régulé se situe entre 35% et 40% pour que les concurrents soient… concurrentiels. Et quand on sait qu’au dogme libéral s’ajoutent les
amitiés qui unissent le chef de l’Etat aux patrons des opérateurs privés, le pire est à craindre pour les budgets des ménages dont le pouvoir d’achat est plus que mis à
mal.
La loi Nome, un véritable hold-up
De toute façon, tout a été mis en œuvre pour créer les conditions de cette situation. «
EDF reverse aux actionnaires et à l’Etat tout ce que gagne l’entreprise, lequel Etat se garde bien de remplir ses obligations de premier actionnaire, notamment en
matière d’investissements. Bilan des courses, pour investir, il faut augmenter les prix. » Bref, l’usager finance l’enrichissement des actionnaires. Un véritable hold-up
! Tel est d’ailleurs le terme employé par la fédération CGT Mines Energie pour qualifier le projet de loi Nome actuellement en débat au Parlement*. Un projet sur lequel
Fillon engage le gouvernement. Il s’agit par ce biais d’en finir avec les tarifs réglementés et d’ouvrir la manne du nucléaire à l’origine des tarifs trop
bas.
C’est à dire de permettre à GDF-Suez, Direct Energie, Poweo et consorts, un droit
d’accès à 120 térawatts heure par an, produits par les centrales nucléaires. Les fournisseurs en question se voient ainsi offrir 30% de la production annuelle d’EDF que
les Français ont d’ailleurs payée avec leur facture, pour qu’ils puissent réaliser des bénéfices.
Face à ces manœuvres qui se déroulent pendant que le secteur énergétique souffre de
sous-investissements chroniques, la CGT, rappelle Michel Frate, préconise « la création d’un pôle public de l’énergie regroupant toutes les entreprises de ce secteur
pour permettre une maîtrise publique ». En même temps que la création d’une agence européenne de l’énergie.
CHRISTIAN CARRÈRE
* L’analyse de la CGT sur la loi Nome sur le site.
www.poursavoir.fr/accueil.php
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