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Belgique législatives

 

 

Bart de Wever, l'homme qui veut débrancher la Belgique


Élections législatives anticipées à haut risque outre-Quiévrain dimanche. Entraîné depuis des années par les forces centrifuges du libéralisme, le pays est sous la menace nouvelle d’une poussée des nationalistes et de l’extrême droite flamande.

Belgique, correspondance.

Il s’appelle Bart de Wever, il est professeur d’histoire, il est aussi enveloppé qu’Obelix et certains, en Belgique, le comparent à Kabila. Il est le nouvel homme fort qui fait trembler le pays à la veille des élections de dimanche. Comme le fut un temps, Dewinter et son Vlaams Blok, qui n’a d’ailleurs pas disparu. Au total, les partis « anti-belges » feraient 40 % en Flandre alors que seulement 15 % des Flamands se disent ouvertement séparatistes.

Ce n’est pas « Bart » qui les a provoquées, ces élections. C’est un parti traditionnel, l’Open VLD (libéral) qui a précipité la chute d’Yves Leterme en rompant les négociations sur l’éternel problème de la scission de l’arrondissement bilingue de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Mais il ne fait aucun doute qu’en agissant ainsi, son jeune chef, Alexander de Croo, s’inspirait de la méthode qui a si bien réussi à de Wever : taper du poing sur la table et partir. Comme ce dernier l’avait fait entre 2007 et 2008, quand, en cartel avec le CD&V d’Yves Leterme, il avait empêché tout accord de gouvernement par son intransigeance sur la réforme de l’État. Le problème, c’est que les idées de Bart de Wever - un ancien de la très nationaliste Volksunie [1] - ont contaminé à peu près tous les partis flamands. Ils s’affirment désormais confédéralistes et exigent une réforme en profondeur de l’État belge. « Cela voudrait dire, explique le politologue Jean Faniel, que les régions exerceraient toutes les compétences, à l’exception de celles laissée à l’État fédéral, alors qu’aujourd’hui, c’est le contraire. »

Bart de Wever va encore plus loin. Cette semaine, il s’est prononcé pour « l’autonomie totale des deux régions, la Wallonie et la Flandre, qui seraient liées par un traité » et pour « la disparition de la région de Bruxelles » qui deviendrait un « condominium géré par les deux communautés ». « En fait, commente un ancien haut dirigeant du VLD, il veut débrancher la Belgique ! »

La levée de boucliers est générale chez les Francophones. « Si la Flandre veut partir, ce sera sans Bruxelles », a tonné Joëlle Milquet, présidente du Parti démocrate humaniste (CDH) que les Flamands surnomment « Madame Non ». Hier, elle a assuré qu’on pouvait éviter à la Belgique un nouveau chaos. « Il y a un moyen ! » dit-elle, proposant un « dialogue entre gens raisonnables pour un compromis sur la réforme de l’État ». Et d’appeler les électeurs à « ne pas avoir peur » d’une NVA qu’elle ne tient visiblement pas pour raisonnable.

La solution pourrait être un gouvernement de coalition mené par le chef du Parti socialiste, Elio Di Rupo. Une petite révolution car il n’y a pas eu de premier ministre francophone depuis des lustres. Mais il semble que les partis flamands « raisonnables » l’accepteraient avec, à la clé, ce paradoxe : la réforme de l’État - dont l’opinion francophone ne veut pas - se ferait sous la responsabilité d’un francophone qui, par la loi du nombre et le poids de la Flandre, serait sous étroite tutelle flamande ! Ce scénario peut marcher à condition que Bart de Wever ne joue pas les trouble-fête en bloquant les institutions sous prétexte que l’arrondissement bilingue de Bruxelles-Hal-Vilvorde n’étant pas scindé, ce scrutin soit illégal ! Il a bien promis, devant la presse internationale, qu’il ne ferait rien pour déstabiliser le pays - alors que ses menaces sur son unité font déjà peur aux « marchés ». Mais le comportement de ses affidés dans les communes flamandes de la périphérie bruxelloise - où 16 maires sur 24 refusent d’organiser les élections - laisse craindre le pire. Á moins d’un sursaut de dernière minute dans les urnes.

Françoise Germain-Robin

Notes :

[1] Issu du VNV (Vlams National Verbond), qui collabora largement avec l’occupant nazi pendant la guerre, ce parti indépendantiste, aujourd’hui disparu, a essaimé dans tous les partis flamands.

 

Article paru dans l'Humanité du samedi 12 juin 2010


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Tag(s) : #Europe
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