Egypte : Hosni Moubarak plus seul que jamais
Ses changements au gouvernement décidés samedi n’y ont rien fait. Hosni Moubarak est de plus en plus un homme seul à la tête de l’Egypte et sa présidence ne semble tenir qu’à un fil.
Alors que les manifestations ont repris de plus bel ce dimanche [1] dans les principales villes du pays, le raïs voit ses soutiens historiques faiblirent. C’est le cas de son plus proche allier, les Etats-Unis, qui parlent désormais par la bouche de la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton de « transition en bon ordre » : « Nous comptons sur une transition ordonnée pour que personne ne vienne combler un vide, pour qu'il n'y ait pas de vide (mais) un plan bien élaboré pour l'avènement d'un gouvernement démocratique participatif. » Même l’Organisation de la conférence islamique (OCI), loin d’être avide de démocratie, a appelé « à un maximum de retenue et à la préservation des vies humaines ainsi que des biens publics et privés. »
Moubarak rend visite à l'armée
En Egypte même, la mobilisation n’a en rien faibli malgré l’annonce de changements à la tête du gouvernement. En prenant samedi le patron des services secrets comme vice-président et un autre général comme Premier ministre, puis en allant visiter centre opérationnel des forces armées, Hosni Moubarak s'est tourné vers les militaires, afin de donner une image de fermeté à son régime ébranlé, afin surtout de lier son sort à celui de l’armée. Mais la rue n’a pas été impressionnée et a mené sa sixième journée de manifestation dans toutes les grandes villes du pays.
« Le peuple veut la chute du régime », « Moubarak dégage! », scandaient les manifestants qui s'agglutinaient Midan Tahrir, la « place de la libération » dans le centre de la capitale qui vit depuis mardi au rythme d'une contestation populaire ayant fait plus d'une centaine de morts à travers le pays. A Mansoura (delta du Nil), 5.000 manifestants ont afflué vers le siège du gouvernorat, réclamant le départ du président sur des pancartes signées des « Jeunes d’Egypte ». Dans la nuit de samedi à dimanche, des émeutes ont éclaté dans plusieurs prisons. Plusieurs milliers de détenus se sont évadés dans la prison de Wadi Natroun, à 100 km au nord du Caire, selon une source au sein des services de sécurité. Des dizaines de corps gisaient sur la chaussée près d'une autre prison de l'est du Caire.
Comités de quartier contre les pillards
Le mouvement a en partie paralysé le pays [2]: de nombreux distributeurs de billets étaient vides, les banques et la Bourse, qui a enregistré de fortes baisses mercredi et jeudi avant le congé hebdomadaire, sont restées fermées. Après de nombreux pillages au Caire, soumis tout comme les grandes villes d'Alexandrie et de Suez au couvre-feu 16 heures et 8 heures, l'armée semblait plus présente et plus ferme dimanche dans les rues. Et des comités de quartiers remettaient les pillards aux forces armées.
Cet après-midi, la Coalition nationale pour le changement, qui regroupe plusieurs formations d'opposition, dont les Frères musulmans, a chargé Mohamed ElBaradei, ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), de « négocier avec le pouvoir ».
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Trou d’air dans les bourses du Golfe
Les bourses des pays arabes du Golfe, à l'exception de celle d'Arabie saoudite, ont plongé dimanche sous l'effet des tensions en Egypte. A la Bourse de Dubaï, l'indice DFM a clôturé en baisse de 4,32%. Celle d'Abou Dhabi a perdu 3,74%. A Koweït, la Bourse, deuxième marché arabe après l'Arabie saoudite, a perdu 2,14% pendant les premiers échanges, puis a terminé en recul de 1,76% à 6.822 points. Le marché saoudien, le plus important du monde arabe, avait cédé 6,43% et clôturé à 6.267,22 points samedi, où il était le seul ouvert de la région. Dimanche, il faisait exception: il a récupéré une partie de ses pertes, fermant en hausse de 2,47% à 6.421,97 points. La Bourse du Caire était fermée dimanche après la suspension des cotations jeudi sur un plongeon de 10%.
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