Egypte : cinq morts dans le sud, l'armée prête à intervenir
Au seizième jour de la crise égyptienne, le vice-président Omar Souleimane a affirmé ce mardi soir que Hosni Moubarak était en faveur d'une "passation du pouvoir", à travers le dialogue engagé avec l'opposition, mais a réaffirmé qu'une fin immédiate du régime "signifierait le chaos". Et en cas de chaos, l'armée pourrait intervenir, a prévenu le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit.
Le président égyptien a formé ce mardi une commission pour amender la Constitution, notamment les articles contestés par l'opposition et liés au mandat présidentiel et aux conditions très restrictives de candidature. Mais cette nouvelle concession qui vise à gagner du temps n'a pas diminuer la détermination de ses opposants qui demandent toujours son départ du pouvoir.
Au moins cinq personnes ont été tuées et une centaine blessées lors d'affrontements entre la police et des manifestants dans le sud de l'Egypte, au 16e jour de la contestation contre le président Hosni Moubarak.
Les manifestations ont commencé lundi dans la ville d'El Khargo, à plus de 400 kilomètres au sud du Caire, et ont dégénéré mardi après qu'un policier eut insulté les protestataires. La police a alors tiré à balles réelles contre des manifestants, faisant plusieurs blessés. Trois des blessés ont succombé mercredi. La foule en colère a réagi après l'annonce des morts en mettant le feu à sept bâtiments officiels, dont deux commissariats, un tribunal et le siège local du parti du président Hosni Moubarak, le Parti national démocrate (PND).
Au Caire, les manifestants de la place Tahrir au Caire ne semblaient pas vouloir lâcher prise mercredi, au lendemain d'une mobilisation monstre contre M. Moubarak. Plusieurs centaines de manifestants tentaient de bloquer l'accès au Parlement.
Le Parlement, dominé par le Parti national démocrate (PND) d'Hosni Moubarak, était protégé par des militaires et des blindés, mais aucune violence n'avait éclaté. Les protestataires étaient assis devant le bâtiment pour en bloquer l'entrée, non loin de la place Tahrir, au centre de la capitale, occupée depuis près de deux semaines par les manifestants. "Nous sommes venus pour empêcher les membres du PND d'entrer. Nous resterons jusqu'à ce que nos demandes soient satisfaites ou nous mourrons ici", a déclaré à l'AFP Mohammed Abdallah, 25 ans, tandis que la foule entonnait des slogans anti-Moubarak et agitait des drapeaux égyptiens. "Le peuple n'a pas élu ce parlement", a affirmé Mohammed Sobhi, un étudiant de 19 ans. "Nous voulons la chute du régime tout entier, pas seulement du président, parce que tout est corrompu en-dessous de lui", a-t-il ajouté.
Hier, des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés place Tahrir au centre du Caire pour marquer la troisième semaine du mouvement de contestation sans précédent réclamant le départ du président Hosni Moubarak "Nous sommes le peuple, nous sommes le pouvoir", scandaient les protestataires. Les nombreux manifestants qui avaient encore campé dans la nuit sur la grande place du centre de la capitale ont été rejoints par un flux croissant d'autres protestataires qui refusent le dialogue engagé sous l'égide du vice-président Omar Souleimane par le nouveau gouvernement de Moubarak. "Je suis venu ici pour la première fois aujourd'hui parce que ce gouvernement est un échec. Moubarak rencontre toujours les mêmes visages répugnants. Il n'arrive pas à croire que c'est terminé. C'est un homme très borné", a confié Afaf Naged, un administrateur à la retraite de la Banque nationale d'Egypte.
Lundi, pour tenter d'appaiser la contestation, le président égyptien a promis à partir du 1er avril une hausse de 15% des salaires des fonctionnaires et des retraites et la création d'un fonds pour compenser les propriétaires de commerces, d'usines et de voitures victimes de vol, de pillage et de vandalisme au cours des manifestations. Ces annonces ont été faites au lendemain du lancement d'un dialogue national entre pouvoir et opposition, comprenant pour la première fois depuis 50 ans les Frères musulmans. Première force d'opposition mais bête noire du régime, les Frères musulmans se sont joints dimanche à un dialogue politique national, [1] avec d'autres groupes d'opposition, pour chercher une issue à la crise provoquée par les manifestations incessantes depuis le 25 janvier.
Depuis le 3 février, les manifestations se déroulent le plus souvent dans le calme. Des heurts entre policiers et manifestants durant les premiers jours de la contestation, puis entre militants pro et anti-Moubarak le 2 février, ont fait au moins 300 morts, selon un bilan non confirmé de l'ONU, et des milliers de blessés, selon des sources officielles et médicales.
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)