Éducation : une colère contagieuse
« La mobilisation, c’est contagieux et ça réchauffe ! » rigole Agnès. Il faisait, c’est vrai, un
froid de canard jeudi dernier, place de l’Odéon. Et pourtant, à l’image de cette jeune prof d’histoire-géo, ils étaient bien 2 000 enseignants et lycéens à être venus manifester dans la
capitale contre les réformes dans l’éducation. Le même jour, dans les trois départements de l’académie de Créteil (Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne et Seine-et-Marne), plus d’une centaine
d’établissements a répondu à l’appel à la grève lancé par le Snes-FSU et de la CGT Educ’action. Un événement qui a mobilisé jusqu’aux caméras de TF1… Un signe ! En tout cas, pour les deux
syndicats, il ne s’agit plus d’un simple feu de paille. « On est désormais face à un mouvement grandissant et déterminé. » Qui va durer ? « C’est trop tôt pour le dire,
glisse notre prof d’histoire-géo. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a un vrai ras-le-bol des enseignants et qu’il ne s’arrêtera pas comme ça. »
Le feu aux poudres à
l’académie
La mobilisation a réellement démarré le 2 février, après une énième agression d’élève au lycée Adolphe-Chérioux de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). Un drame qui a poussé l’équipe pédagogique à
faire valoir son droit de retrait tout en réclamant le doublement du nombre d’assistants d’éducation (surveillants), aujourd’hui bloqué à 11 pour 1500 élèves. Cette revendication simple, à
laquelle Luc Chatel refuse toujours de céder, a mis le feu aux poudres dans une académie de Créteil réputée pour être une caisse de résonance du malaise enseignant. « C’est normal, c’est
là qu’il y a le plus d’établissements classés ZEP et souvent les situations les plus difficiles à gérer, témoigne Serge, prof de physique-chimie à Epinay-sur-Seine. Du coup, nous sommes
toujours les premiers à ressentir les effets des restrictions budgétaires. Et cette fois, Luc Chatel ferait bien de s’inquiéter, car la colère s’accumule… »
L’annonce de réformes en rafale
Ici, l’assouplissement de la carte scolaire et les milliers de suppressions de postes de ces dernières années ont fait particulièrement mal. « Les conséquences sont dramatiques en
Seine-Saint-Denis et pas seulement sur les questions de sécurité, qui sont finalement le bout de la chaîne, confirme Guy Trésallet, secrétaire général de la FSU-93. C’est l’ensemble des
conditions d’enseignement que les profs voient se dégrader. » Plutôt. Depuis la rentrée 2009, faute de remplaçants, plus de 1700 jours de classe n’ont pas été assurés dans le seul
département de Seine-Saint-Denis ! Résultat : l’emploi de profs précaires se démultiplie. La CGT Educ’action en dénombre quelque 2500 en 2009-2010 pour l’académie de Créteil. L’exemple du
lycée Jean Lurçat de Saint-Denis est, lui, presque caricatural. « Depuis un incendie en 2003, on enseigne dans des préfabriqués, explique Vita, une CPE. En plus, nous avons 25 % de
profs contractuels ! »
Dans les classes, les effectifs, eux, sont la plupart du temps au maximum. Avec la promesse de le rester. « On va perdre une sixième à la rentrée prochaine alors que nos classes sont déjà quasiment toutes à 25 élèves, ce qui est le maximum en ZEP, peste Yentl, assistante d’éducation dans le collège Jean-Pierre-Timbaud de Bobigny. Comment voulez-vous améliorer la situation, y compris en termes de sécurité, si on fait toujours autant ou plus avec moins ? » L’établissement, où une surveillante s’est fait agresser lundi dernier, est en grève depuis. Les enseignants réclament notamment la pérennisation d’un poste de CPE. À ce quotidien est venu s’ajouter l’annonce de réformes en rafale – lycée et formation des maîtres –, toutes annonciatrices d’une nouvelle dégradation. Et, bien sûr, 16 000 suppression de postes supplémentaires. En ce mois de février, les collèges et lycées découvrent d’ailleurs les DHG de la rentrée 2010, ces fameuses « dotations horaires globales » qui révèlent le nombre d’heures d’enseignement et donc de postes que vont avoir chaque établissement. « Il va y avoir encore un alourdissement de notre charge de travail, note Guy Trésallet. Les heures supplémentaires vont passer de 9 % en 2009 à 14 % en 2010 ! c’est intenable. » Et pas seulement dans l’académie de Créteil.
Laurent Mouloud
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