« Que Chatel arrête de faire la sourde oreille ! »
Appelées à la grève, hier, des dizaines de lycées et collèges de l’académie de Créteil se sont mobilisées pour dénoncer les réformes du ministre et réclamer des moyens. Le mouvement s’étend petit à petit.
« J’espère que Luc Chatel va comprendre le message ! » lâche Samuel, un prof de maths. Comprendre, c’est encore à voir. Mais entendre, c’est sûr. De fait, la mobilisation des
enseignants dans l’académie de Créteil (qui couvre la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne et la Seine-et-Marne) pour dénoncer les réformes du ministre et réclamer des moyens est encore montée
d’un cran hier. À la mi-journée, une soixantaine de lycées et collèges étaient touchés par le mouvement de grève lancé par le Snes-FSU et de la CGT Éduc’action.
Plus d’un millier de manifestants
À Paris, la manifestation entre Odéon et le ministère de l’Éducation a rassemblé un millier de personnes. Dans un vent glacial, enseignants et élèves du lycée Adolphe-Chérioux de
Vitry-sur-Seine, où un lycéen a été agressé à l’arme blanche la semaine dernière, ouvraient la marche. « On attend toujours une réponse du recteur sur notre revendication de onze
surveillants supplémentaires, explique Henri, professeur de dessin technique. Pour l’instant, il ne veut rien entendre, mais nous sommes têtus ! Il s’agit de la sécurité des profs comme
des élèves. » Les lycéens arboraient sur la poitrine des cœurs verts avec la mention « Cher You ». Un élève explique : « Cher You, ça s’adresse à Chatel. Pour qu’il
comprenne qu’on continuera à l’interpeller. » Derrière, les banderoles d’une vingtaine d’établissements de l’académie se succèdent. « C’est normal que nous nous mobilisions autant,
souligne un prof d’EPS de Pantin. C’est dans les établissements difficiles que se font sentir le plus les effets des suppressions de postes. » Sous les bonnets de circonstance, les
revendications ne s’arrêtent pas aux questions de sécurité. On parle de la réforme du lycée et, bien sûr, de celle de la formation des maîtres. « Elle va avoir deux effets principaux,
détaille Stéphane, professeur de physique-chimie au lycée Feyder d’Epinay-sur-Seine. Mettre les nouveaux professeurs du jour au lendemain devant une classe à plein-temps et multiplier le
recours à des précaires pour assurer les remplacements ! C’est gravissime, surtout dans des établissements difficiles où l’on a besoin d’équipes stables. On comprend l’intérêt budgétaire,
mais l’intérêt des élèves, il est où ? » À quelques pas, la nouvelle secrétaire générale de la FSU, Bernadette Groison, dénonce l’attitude de Luc Chatel. « Je ne comprends pas
que le ministre s’entête et laisse le mouvement s’étendre. Qu’il arrête de faire la sourde oreille aux questions qui lui sont posées ! »
Cette mobilisation ne s’arrêtera pas là
Beaucoup parient sur une extension de la lutte. « Entre les suppressions de postes, la préparation difficile de la rentrée et les conditions d’entrée dans le métier des profs stagiaires,
le cocktail est explosif, assure Roland Hubert, cosecrétaire général du Snes. Il y a tous les ingrédients pour que ça démarre ailleurs… » Luc Chatel est prévenu.
Laurent Mouloud
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