Article paru le 17 mai 2010 dans l'Humanité
Jean-Moulin veut des moyens, pas des barreaux
« On se sent piégé et seul », résume Anne-Marie Toffolo. Mardi dernier, avec les autres enseignants du collège Jean-Moulin d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), cette prof d’espagnol a fait valoir son droit de retrait pour se prémunir, comme l’y autorise la loi, d’un « danger grave et imminent pour la vie et la santé de la communauté scolaire ». Une décision prise à l’unanimité par l’équipe éducative, encore sous le choc après la récente agression, en pleine classe, d’une collègue enceinte de cinq mois.
Le récit de cette professeure de français, publié vendredi par le site Rue 89, en dit long sur le quotidien difficile de cet établissement de ZEP, classé en « zone violence ». Vendredi 7 mai, le cousin d’un élève sanctionné a ainsi débarqué en plein cours pour demander des comptes, menaçant la prof et frappant un élève au hasard, avant de s’enfuir, prévenu de l’arrivée imminente de la police. Des faits qui viennent s’ajouter à un climat général d’insécurité, notamment aux abords de l’établissement.
Développer des solutions pédagogiques
« Sur le trajet entre le métro et le collège, on est témoin régulièrement de vols à la tire ou encore de “tapes”, ces passages à tabac fulgurants dont sont victimes, parfois dans la cour, des élèves désignés arbitrairement, raconte Anne-Marie Toffolo. Dans ma classe qui donne sur la rue, je suis obligée de baisser les stores. On est en état d’alerte permanent. » Il y a deux ans, l’entrée de Jean-Moulin a déjà été sécurisée avec l’installation d’un « sas » formé de deux hautes grilles. Sans résoudre le problème de fond. Plus que des barreaux, les enseignants, eux, réclament d’urgence la présence régulière, aux abords du collège, de policiers « qui connaissent le quartier ». Mais aussi, à l’intérieur de l’établissement, des moyens humains pour développer des solutions pédagogiques qui pacifient les relations, comme l’accueil des élèves exclus de classe ou le tutorat pour les enfants en échec scolaire. « Malheureusement, avec sa logique de coupes budgétaires tous azimuts, insiste Anne-Marie Toffolo, le gouvernement, pour l’instant, ne fait que pérenniser la situation. »
Laurent Mouloud
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