Christophe Ramaux "Il nous faut un choc de demande !"
Humanité Quotidien
11 Avril, 2013
Austérité
Membre du collectif des Économistes atterrés, Christophe Ramaux, maître de conférences à Paris-I-
la Sorbonne, s’inquiète de la politique du «
tout-austérité » prôné depuis un an par François Hollande.
Le président de la République a adressé une fin de non-recevoir à ceux de ses ministres appelant à une « inflexion » de sa politique budgétaire. Même
si François Hollande s’en défend, l’austérité semble plus que jamais à l’ordre du jour, selon vous
est-ce la bonne méthode pour sortir la France de la crise ?
Christophe Ramaux. C’est une politique vouée à l’échec. Nous sommes en réalité dans l’acte II de la crise. Lors de l’acte I écrit en
2008, tout le monde s’accordait à dire que les politiques néolibérales avaient échoué. Et pourtant, dès 2010, ceux-là mêmes qui ont plongé l’Europe et le monde dans la crise ont repris la
main. Aujourd’hui le gouvernement de François Hollande ne fait qu’obéir à la nouvelle doxa des ultralibéraux, à savoir faire passer la dette publique comme responsable de tous les maux.
Pour ce faire, deux cures d’austérité sont proposées à cette Europe – il est vrai bien malade –, une cure d’austérité budgétaire et une cure d’austérité salariale. Trois ans
plus tard, il faut être aveugle pour ne pas voir les conséquences de telles mesures. En Grèce, en Espagne, au Portugal, tous les pays qui ont été traités de cette manière voient leur
économie encore plus mal en point. Aujourd’hui la Grèce connaît une dépression semblable à celle des années 1930 avec – 20 % de baisse de son PIB depuis le début de la cure
d’austérité ; le Portugal voit également son PIB chuter de 10 % depuis qu’on lui inflige les mêmes recettes.
Cette logique économique qui affirme que la réduction de la dette publique est la condition sine qua non à l’indépendance de la France est-elle
justifiée ?
Christophe Ramaux. Si la France continue à maintenir le cap de l’austérité, nous aurons à terme les mêmes problèmes que nos voisins du Sud.
Donc il n’y a rien de justifié dans une telle construction idéologique. Tout au contraire, les politiques d’austérité ont fait exploser la dette de ces pays et les rendent de fait de plus
en plus fragiles et dépendants. Le pays où la dette publique a le plus augmenté ces deux dernières années est le Portugal. Elle est passée de 95 % du PIB début 2011 à 120 % du PIB à la
fin 2012. C’est le résultat concret et visible de cette politique inepte. C’est dans les pays du sud de l’Europe qu’on est allé le plus loin dans cette logique. Résultat des courses, soit
la dette publique ne bouge pas, soit elle augmente. Pour une raison très simple : en réduisant la dépense publique couplée à une réduction salariale généralisée, on réduit de fait la
demande, la production et donc les recettes fiscales. On ne peut pas sortir d’une crise avec de l’austérité, c’est mécaniquement impossible.
Mais, alors, quelle politique économique pourrait, d’après
vous, sortir la France et l’Europe
de la crise ?
Christophe Ramaux. Il nous faut un « choc de demande » ! Non pas un « choc de compétitivité » ou un autre de ces chocs qu’aiment à inventer
les puissants. Pour réduire la dette, il y a obligatoirement besoin de croissance, obtenue en augmentant, dans un même temps, les salaires et la dépense publique. C’est uniquement par ce
biais-là que nous pourrons faire rentrer les recettes fiscales nécessaires à la santé économique des pays.
Des augmentations de salaire
de quel ordre ?
Christophe Ramaux. En moyenne de 10 à 15 %, et ce partout en Europe. Il faudrait les augmenter plus fortement encore dans les pays qui
ont des excédents commerciaux exorbitants comme en Allemagne, en Autriche ou au Pays-Bas. Ce « choc de demande » est selon moi la seule manière de pouvoir résorber ces excédents
commerciaux. Ainsi, on pourra sortir de la crise par le haut, par une politique de croissance, non pas par des mesures qui absorbent les énergies vives des pays. La France aujourd’hui est
en danger. En réaffirmant son cap austéritaire, François Hollande favorise une politique mortifère avec des mesures qui nous étranglent – certes moins violemment qu’ailleurs, mais
nous étranglent tout de même doucement et sûrement…
Entretien réalisé par Stéphane Aubouard
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