Pour le dirigeant mutualiste Serge Jacquet, les attaques contre un système de protection sociale envié dans le monde entier, n’ont
jamais été aussi virulentes. Photo archives LM
Article paru dans la Marseillaise du mercredi 7
janvier 2010
De l’augmentation du forfait hospitalier à la privatisation des soins de santé publique, les professionnels de santé dénoncent une volonté de s’attaquer au droit à la santé, un
principe fondamental universel.
Ce pharmacien de la place du marché des Capucins, au cœur de l’un des quartiers les plus populaires de Marseille en pleurerait presque : « Je sais que la population du
coin ne roule pas sur l’or, mais il y a ne serait-ce que dix ans, les gens me présentaient leur ordonnance avec le simple espoir d’être correctement soignés. Aujourd’hui, la
première question qu’ils me posent est de savoir si les médicaments prescrits sont remboursés. Et pour les plus avertis d’entre eux, à quel taux. Selon les cas et selon les
bourses, l’impasse est faite sur les remèdes qui ne sont pas remboursés correctement. En à peine cinq ou six années, 20% de mon chiffre d’affaires se sont évaporés
».
Un arsenal de mesures
néfastes
Une médecine des riches donc, et une médecine des pauvres. La formule pourrait paraître désuette, tant, depuis plus de trente ans, on l’a
répétée sur tous les tons. « Elle n’a jamais été cependant autant d’actualité, confirme Serge Jacquet, président de la Mutuelle de France Sud. « Nous faisons en effet ce constat
qu’aujourd’hui. Alors que la science progresse à grand pas, paradoxalement, ces progrès ne touchent qu’un nombre de plus en plus restreint de personnes. Alors que nous pensons
qu’ils doivent bénéficier à tous les citoyens ». Pour le dirigeant mutualiste, les attaques contre un système de protection sociale envié dans le monde entier, n’ont jamais été
aussi virulentes. Et se déclinent sous plusieurs aspects : « d’une part l’application en 2010 de la loi HPST (Hôpital, patient, santé et territoire), véritable entreprise de
destruction du service public, et d’autre part les directives de la loi de finance 2010, qui consacrent notamment une nouvelle augmentation du forfait hospitalier (5 euros
depuis 2005) et une liste de médicaments (dits à service médical faible), dont le taux de remboursement ne dépassera pas les 15%. Il y a fort à parier que cette première liste
viendra s’allonger dans un très proche avenir, comme cela avait été le cas dans le passé avec les médicaments dits de confort ». Quelques exemples seulement dans un arsenal de
mesures qui participent toutes d’une volonté de s’attaquer au « droit à la santé qui est un principe fondamental de notre société. Demain, l’accès de tous à des soins de qualité
ne sera plus qu’un souvenir ».
Les coups portés à la
mutualité
Dès 2004, les mesures pour réformer la Sécurité sociale, dont la part dans le financement des soins médicaux est passée de 77% à 75%,
avaient déjà dessiné les deux grandes tendances qui prédominent aujourd’hui : la centralisation croissante des décisions et la privatisation des soins. La première mettant à nu
la volonté agressive de l’Etat de prendre le pouvoir dans le système de protection sociale, comme en témoigne « la mise en place des Agences régionales de santé, organisme
centralisateur – dont le directeur est nommé par l’Etat – élément déterminant dans la nouvelle organisation sanitaire induite par la loi HPST . Quant à la privatisation des
financements des soins de santé publique, elle va tout simplement à l’encontre du concept de « solidarité nationale, clef de voûte de notre système ».
« Cette diminution des prestations de l’assurance maladie, s’insurge Serge Jacquet, s’accompagne bien évidemment d’un transfert de charges sur les mutuelles. Et nous rentrons
dans le cercle vicieux de l’augmentation des cotisations. Pour exemple, la taxe sur le « chiffre d’affaires » des mutuelles qui devait être de courte durée, est pérennisée et
avec elle, la ponction effectuée. Nous avons cependant jusque là refusé de répercuter cette ponction sur nos adhérents ». Mais la volonté des charges que l’on veut faire peser
sur les mutuelles s’illustre en plus avec la taxe sur la grippe A, « passée certes de 0,94, à 0,77 euro que nous étions prêts à financer pour les mutualistes… Alors aujourd’hui,
on ne peut plus. D’où l’augmentation des cotisations, pratiquée par tous les organismes complémentaires ».
Pour alerter une fois de plus sur la privatisation rampante du système français de protection sociale, la Mutuelle de France Sud est à l’initiative d’une lettre pétition, qui
sera adressée prochainement au Président de la République. « Après, conclut Serge Jacquet, une série de rencontres avec les citoyens et l’ensemble des partenaires sociaux,
partout où nos forces nous le permettent. Pour inciter à un véritable débat ». Et créer les conditions de la plus large mobilisation pour la sauvegarde d’une spécificité qui est
l’une des griffes de ce que nous appellons l’identité nationale.
Reportage
Gérard Lanux
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