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Article paru le 8 avril 2010 dans l'Humanité


Editorial par Michel Guilloux

Dialogue  ?


Si l’on avait le moindre doute sur la manière dont le gouvernement va attaquer sa contre-réforme des retraites, le débat en cours au Parlement sur « le dialogue social dans la fonction publique » est éclairant à plus d’un titre. On apprenait hier que le tout nouveau ministre du travail et de la fonction publique comptait déposer un amendement en séance visant à introduire le salaire au « mérite ». La méthode révèle la confiance que le pouvoir met dans sa propre majorité, le respect qu’il accorde à la représentation nationale et, surtout, le mépris dans lequel il tient et le « dialogue social » et les organisations syndicales. Ces dernières ont participé dix mois durant à des négociations sur ce point. Elles ont, toutes, refusé le projet sur lequel le gouvernement s’est arc-bouté tout ce temps. Ce style du passage en force érigé au rang des beaux-arts par l’hôte de l’Élysée lui-même augure de façon plus qu’inquiétante du futur débat sur les retraites.

L’autre point éclairant et tout aussi grave de la « discussion » en cours à l’Assemblée est qu’il en va de même pour l’avenir des infirmières. Le même procédé de l’amendement sorti du chapeau, toujours dans ce texte sur le « dialogue social dans la fonction publique », et voilà le registre du chantage qui s’enrichit d’un couplet  : si vous voulez conserver votre droit à la retraite 
à 55 ans pour travail pénible, alors vous serez privées du droit au changement d’indice salarial que vous réclamez  ; si vous voulez voir reconnaître vos qualifications dans votre salaire, alors acceptez de « travailler plus » longtemps. Dire cela à une profession qualifiée, dévouée à l’hôpital public comme aux patients, mais aussi à bout, en sous-effectif, et aux horaires qui explosent tous les compteurs, éclaire sur la société que nous concoctent ces adeptes du « dialogue social », jour après jour, contre-réforme après contre-réforme…

Le coup de force permanent en dit long sur tout ce qu’il s’agit d’abattre, pour cette droite et ses alliés du Medef, de notre « modèle national » et tout ce qui lie solidarité et efficacité sociale et économique, en premier lieu le service public et la protection sociale, 
pour transformer un peu plus les hommes en marchandise et soumettre toutes leurs activités à la rapacité de la rentabilité financière. L’accélération du calendrier n’est pas, pour autant, signe de victoire acquise, après la défaite subie lors des dernières élections régionales et le séisme qui atteint le cœur même du parti unique présidentiel depuis. Certes, le pouvoir est déterminé à mener son chantier de démolition sociale jusqu’à un point où il serait irrémédiable à ses yeux. 
Il semble même prêt à atténuer ce « bouclier fiscal » qui vaut programme, si cela peut servir à trouver des alliés sur sa gauche disposés à accepter l’alourdissement de 
la CSG et de la CRDS. Comme il espère en trouver pour accepter l’allongement de la durée de cotisation, 
la remise en cause de la retraite à 60 ans, ou la baisse des pensions. « Ces mesures condamneraient à la pauvreté la plupart des futurs retraités, surtout les femmes et tous ceux et celles qui ont connu et connaîtront des périodes de chômage et de précarité importantes », déclarent les initiateurs de l’appel à une « mobilisation citoyenne » que nous publions. Toutes mesures que refusent les Français. 
Ils ont raison. Les semaines qui viennent le feront entendre.

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Tag(s) : #Politique
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