Des vacances «normales», c’est devenu un luxe...
Humanité Quotidien
31 Juillet, 2012
Inégalité
Cette année encore, plus d’un tiers des Français
ne partiront pas durant l’été. Une « fracture touristique » qui serait en train de s’élargir.
Reportage auprès de familles modestes qui ont pu goûter, grâce au Secours populaire, à des vacances dans la base de loisirs de Bellebouche dans l’Indre.
Mézières-en-Brenne (Indre), envoyé spécial. Le silence. Tout est calme. Paris est bien loin. La pollution aussi. « C’est magnifique. » Karim
Ramit le répète inlassablement. Cet habitant d’Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) bénéficie avec sa famille de l’aide du Secours populaire (SPF) pour partir en vacances. « À Paris, c’est
métro, boulot, dodo. Ici, c’est tranquille. Je kiffe. »
Ici, c’est le « pays des mille étangs ». Le surnom donné au parc naturel régional de la Brenne est bien en dessous de la réalité. Il abrite en fait quelque
3 000 étendues d’eau. Logé dans le paysage de la Grande-Brenne, le village de vacances nature Bellebouche (Indre) est l’un de ces havres de paix où la famille Ramit a pu séjourner une
semaine.
« Se serrer la ceinture ne suffit plus »
En collaboration avec la caisse d’allocations familiales (CAF) du 92, l’Agence nationale pour les chèques-vacances (ANCV) et la région Île-de-France, le
Secours populaire tente de rendre les vacances accessibles à tous. Les familles retenues n’ont plus qu’à débourser 70 euros par adulte et 20 euros par enfant pour s’offrir un séjour d’une
semaine, tous frais payés. En 2011, 171 357 personnes avaient bénéficié d’un départ avec le SPF. Cet été, ce sont 42 familles des Hauts-de-Seine qui vont pouvoir partir grâce à ces
soutiens financiers.
La famille Ramit fait partie des heureux élus. Lunettes style Aviator sur le nez, maillot du Paris Saint-Germain sur les épaules, Karim Ramit, père de trois
enfants en bas âge, travaille en intérim dans la menuiserie. « En ce moment, je fais aussi beaucoup de clim. Ça me plaît. » Mais les revenus sont maigres et la famille Ramit n’aurait pas
eu les moyens de laisser de côté sa vie quotidienne asniéroise sans l’aide du SPF. « On essaie de faire au mieux, de se serrer la ceinture, mais ça ne suffit pas. Les vacances sont
devenues un luxe. »
Dans la maisonnée, c’est sa compagne Saliha, belle trentenaire apprêtée, qui s’occupe de gérer les comptes. « C’est difficile quand on voit les voisins
partir. On a besoin de ces vacances pour se changer les idées, oublier les factures et passer du temps en famille. » Jeux de société, plage ou tout simplement promenade, les Ramit
décompressent. Originaire d’Algérie, Karim retrouve même un peu du pays de ses grands-parents en Brenne. « Tous les matins, j’écoute les chardonnerets. Moi, je les élevais. C’est
magnifique. Quand je pense à la solidarité dont nous bénéficions…. Vraiment, vive la République ! »
«On s’habitue à ne pas partir en vacances»
Résidente des Hauts-de-Seine, la famille T. a, elle aussi, bénéficié de l’aide du Secours populaire. Voisins des Ramit à la base de loisirs de Bellebouche,
Hassan et Yasmina (les prénoms ont été modifiés
par souci d’anonymat) étaient déjà partis en 2009 avec leurs trois enfants à Bordeaux grâce à l’association. Malgré ses maigres
ressources, la famille T. jouit cette fois d’une semaine de « repos » au « pays des milles étangs » pour seulement 200 euros.
« Je ne travaille plus depuis décembre 2011 car je me suis blessé grièvement à la main droite à la maison. Or je suis serveur dans une pizzeria. Je ne touche
donc pas d’indemnités journalières, car ce n’est pas un accident du travail. J’espère pouvoir reprendre en septembre prochain. » Les seuls revenus d’assistante maternelle de Yasmina
n’auraient pu financer un départ cet été de la famille. Une habitude. « Moi, je m’en fous ! lance Yasmina T. Quand j’étais petite, je ne partais jamais. C’est surtout pour les enfants que
c’est dur… »
Anna, leur fille de 15 ans, vient de passer son brevet, obtenu avec une mention très bien. La jeune demoiselle dit que l’on « s’habitue à ne pas partir en
vacances ». « Les copines ont toujours quelque chose à raconter lors de la rentrée des classes en septembre. Moi aussi, cette fois. » Son jeune frère de 9 ans, Sofiane, préférera garder
pour lui cette inhabituelle expérience. La plus petite de 4 ans, elle, ne se pose pas tant de questions. Elle profite du sable, de l’eau et des percées du soleil. Sans se soucier de ce
qu’il en sera l’été prochain.
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