Une semaine après le départ de Hosni Moubarak, des centaines milliers d'égyptiens sont revenus vendredi place Tahrir au Caire pour fêter la chute de son régime et maintenir la pression sur l'armée pour qu'elle libère les détenus et assure de vraies réformes démocratiques.
Des centaines milliers d'Egyptiens ont fêté vendredi dans la liesse le succès de leur "Révolution du Nil", qui a entraîné la chute, il y a une semaine jour pour jour, du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 30 ans.
Selon l'agence de presse officielle Mena, qui avait minimisé ou carrément ignoré la forte mobilisation populaire durant les 18 jours qui ont changé l'histoire de l'Egypte, deux millions de personnes se sont rassemblées place Tahrir et à ses abords.
Mais, en dehors de cette grande place du Caire, qui fut le cœur battant de la révolution, des centaines de milliers de personnes ont participé dans le reste du pays à cette "marche de la victoire" visant aussi à rendre hommage aux 365 victimes de la répression.
Les manifestants de ce vendredi agitant des drapeaux égyptiens ont commencé à se rassembler dans une atmosphère de fête dans ce haut lieu de la révolte populaire qui a forcé M. Moubarak à mettre un terme à trois décennies de pouvoir sans partage.
"C'est une fête, nous sommes très heureux, Moubarak est parti. Je pense que nous allons revenir toutes les semaines, tous les vendredis", déclare Nasser Mohammed, 50 ans.
Une armée omniprésente
La place était toutefois entourée de chars et un cordon de militaires vérifiait les identités aux différents points d'accès. Des membres de comités populaires composés de manifestants assuraient aussi des contrôles.
Mais l'armée participait aussi à la fête, avec un orchestre militaire en grand uniforme jouant des airs patriotiques devant une foule ravie.
Hosni Moubarak a remis le pouvoir à l'armée qui a suspendu la Constitution et dissous le Parlement tout en s'engageant à préparer un retour à un pouvoir civil élu dans un délai indicatif de six mois.
Les prisonniers politiques ne sont pas libérés
La "Coalition des jeunes de la révolution", un groupe de militants pro-démocratie qui a participé au déclenchement de la révolte le 25 janvier, a demandé que la manifestation de vendredi soit l'occasion "de se souvenir des martyrs de la liberté, de la dignité et de la justice".
Dans un message sur Facebook, elle réclame aussi "la libération immédiate de tous les détenus" arrêtés lors des manifestations anti-Moubarak, et le remplacement de l'actuel gouvernement, formé dans les derniers jours au pouvoir de M. Moubarak, et chargé par l'armée d'expédier les affaires courantes.
Selon Gamal Eid, un avocat du Réseau arabe pour l'information sur les droits de l'homme, "des centaines de personnes sont détenues", certaines par l'armée, "mais leur nombre exact n'est pas connu".
"Si les personnes arrêtées ne sont pas libérées, sans parler des prisonniers politiques plus anciens, cela montrerait que l'armée n'est pas sincère dans ses promesses de réformes politiques", a déclaré Mohamed Waked, un des organisateurs de la manifestation.
Les organisations Amnesty International et Human Rights Watch ont fait état de témoignages de manifestants torturés par des militaires.
L'armée, qui fut l'épine dorsale du régime Moubarak, continue toutefois d'être populaire en Egypte où elle est saluée pour ne pas avoir tiré sur les manifestants.
Jeudi, trois anciens ministres dont celui de l'Intérieur Habib el-Adli, et Ahmad Ezz, un influent homme d'affaires proche du fil de l'ancien président, Gamal Moubarak, ont été arrêtés pour malversations financières et placés en détention provisoire.
Le départ de Habib el-Adli, honni par une grande partie de la population, avait été réclamé avec insistance par les manifestants antirégime. L'armée a également confirmé une hausse de 15% des salaires des fonctionnaires et des retraites, alors que le pays connaît une vague de grèves et de mouvements sociaux.
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)