Des acteurs de la Sécurité Sociale exposent leurs doléances
Pour la Sécu, rien ne va plus, et le pire pourrait être encore à venir. C’est l’impression que laissait la rencontre, hier matin, au Palais- Bourbon, entre des députés et sénateurs communistes
et des acteurs de la santé. Syndicalistes hospitaliers, représentants d‘associations d’assurés sociaux, spécialistes de la protection sociale, ils avaient répondu à l’invitation des
parlementaires à venir exposer leurs doléances, à la veille de l’examen du projet de budget 2010 de la Sécurité sociale (PLFSS). Porte-parole du groupe GDR, réunissant députés PCF, Verts et du
Parti de gauche, Jacqueline Fraysse a ouvert l’échange en pointant l’apparent paradoxe d’un PLFSS marqué par un déficit jamais connu depuis la création de la Sécu (31,5 milliards d’euros) et
l’absence de « mesures d’envergure » pour y faire face. Pour la députée communiste, le gouvernement veut « éviter une augmentation des prélèvements obligatoires ». Et il
entend « se servir » du déficit pour « expliquer que le système est dépassé » et y « faire entrer les assurances privées ». Un scénario qui, loin de relever de la
fiction, est déjà à l’oeuvre, comme l’ont montré plusieurs intervenants, dénonçant le transfert croissant de dépenses du régime obligatoire vers les assurés et leurs assurances complémentaires.
Les étudiants, par exemple, a noté un représentant de leur mutuelle, doivent payer de plus en plus cher, entre franchises et déremboursements de médicaments, leur accès à la santé alors que,
par nature, « ils n’ont pas de revenu ». Conséquence : « un sur quatre renonce à des soins ». Et le PLFSS 2010 poursuit l’oeuvre de mitage de la couverture obligatoire,
comme le montre la remise en cause du remboursement à 100 % pour les malades du cancer .
Plusieurs syndicalistes CGT de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris ont mis en lumière la réduction de l’offre de
soins publique, au profit du privé, sous les coups conjugués de la loi Bachelot (HPST) adoptée cet été et de l’insuffisance du financement des établissements par le PLFSS. À l’hôpital
Saint-Louis, à Paris, réputé pour son service d’oncologie, « 50 % des consultations sont renvoyées au privé », du fait des files d’attente, témoigne une intervenante, avant de
réclamer, sur le modèle de la lutte pour La Poste, « un référendum sur la santé ». Le sénateur Guy Fischer indique, lui, que l’application de la loi Bachelot devrait entraîner la
fermeture de 450 établissements hospitaliers, transformés en établissements d’hébergement de personnes âgées (EPAD). Des EPAD de plus en plus souvent contrôlées par des groupes privés, certains
cotés en Bourse. Parallèlement, des délégués de l’UNRPA (retraités et personnes âgées) ont mis en garde contre un projet de décret modifiant la tarification des EPAD qui risque d’aboutir à une
baisse du taux d’encadrement en personnel, pourtant déjà très insuffisant, en règle générale, pour assurer une prise en charge digne des résidents. Bien qu’au coeur de tous ces problèmes,
« le financement, c’est, pour le gouvernement, le débat interdit », s’insurge l’économiste Catherine Mills. Les solutions ne manquent pourtant pas : il suffirait ainsi de taxer
les revenus financiers des entreprises au même taux que les salaires pour faire rentrer 70 milliards d’euros dans les caisses de la Sécu, deux fois le montant du
déficit.
YVES HOUSSON
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