De plus en plus de jeunes Italiens coincés chez leurs parents
| 01.09.11 |
16h33
Ils ont revu leurs espoirs à la baisse. Aujourd'hui, seuls 47 % des jeunes Italiens rêvent de décrocher un contrat à plein-temps. Et
ils ne sont que 20 %, contre 50 % en 2007, à espérer une rémunération d'au moins 1 000 euros par mois. La cause de ce manque d'ambition : un taux de chômage faramineux, parmi les plus élevés
d'Europe.
Selon Eurostat, il a atteint, en juillet, 27,6 % chez les 15-24 ans - bien au-dessus de la moyenne de la zone euro, à 20,5 %. La fédération italienne des artisans (Confartigianato), elle, affirme dans une étude rendue publique le 28 août que 1,138 million de personnes de moins de 35 ans sont sans emploi dans la Péninsule. Au total, entre 2008 et 2011, le nombre de moins de 35 ans au travail a diminué de 926 000 personnes.
Cette insécurité professionnelle de plus en plus grande pèse bien sûr sur les modes de vie des jeunes Italiens. De 1983 à 2009, la proportion de bamboccioni, comme on appelle ces jeunes adultes qui continuent de vivre chez leurs parents, est passée de 49 % à 58,6 % chez les 18-34 ans, selon une étude de l'Institut national de la statistique (Istat) publiée le 26 mai.
DISPARITÉS NORD-SUD
Autre constat alarmant : si, il y a vingt ans, 40 % d'entre eux avouaient choisir ce style de vie pour des raisons de confort, la même proportion dit aujourd'hui y être contrainte pour des raisons économiques.
Comme toujours en Italie, les disparités entre le Nord et le Sud sont très importantes. Si la moyenne nationale des moins de 35 ans au chômage s'établit à 15,9 %, elle monte à 28 % en Sicile, 27,6 % en Campanie, 26,7 % en Basilicate. A l'inverse, ce taux redescend à 5,7 % dans le Trentin-Haut-Adige, 7,8 % dans le Val d'Aoste, 9,3 % en Lombardie, toutes trois des régions du nord du pays.
Toutefois, toutes catégories d'âge comprises, le taux de chômage italien est en baisse. Il est même l'un des moins élevés d'Europe puisqu'il s'établit à 8 % en juillet, contre 10 % dans la zone euro, toujours selon Eurostat.
Pour Michele Pasqualotto, responsable de DataGiovani, un centre de recherche sur les jeunes Italiens, ce paradoxe n'est qu'apparent : "Les jeunes Italiens entrent de plus en plus tard sur le marché du travail en raison de la longueur de leurs études. Et, bien que des entreprises recommencent à embaucher, elles se tournent prioritairement vers des personnes ayant déjà une expérience professionnelle", explique-t-il. Là encore, les chiffres sont cruels.
De 2005 à aujourd'hui, explique M. Pasqualotto, la part des entreprises qui prévoient d'embaucher des jeunes est passée de 42 % à 35 %.
Pour remédier à cette situation, DataGiovani préconise l'instauration de quotas de moins de 35 ans dans les entreprises et une réforme de l'université avec l'instauration d'un numerus clausus dans les filières les plus prisées, mais les moins utiles au monde du travail. "Trop de jeunes ont des compétences qui ne servent à rien", regrette M. Pasqualotto.
Philippe Ridet
Article paru dans l'édition du 02.09.11
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