Darcos fait les gros yeux aux entreprises !
Pavé dans la mare ou effet d’annonce ? Xavier Darcos s’est prononcé hier, dans un entretien au Parisien, pour « la fermeture administrative des entreprises dont l’activité est
construite autour du travail illégal ou de l’emploi de travailleurs étrangers sans titre de travail ». Raymond Chauveau, délégué CGT, le prend au mot : « Si on applique ce que
dit M. Darcos, il faudrait alors commencer par fermer Bouygues, Veolia et Suez. Le problème n’est pas de fermer une boîte mais plutôt d’obliger son patron à déclarer et régulariser des
salariés sans papiers. Les hommes et les femmes qui sont en grève veulent cotiser, avoir accès à la retraite et à l’assurance maladie. »
Dans l’entretien, le ministre du Travail propose le renforcement des contrôles en ayant recours aux inspecteurs du
travail. « C’est un discours démagogique », dénonce le syndicaliste, pour qui le contrôle répressif ne sera suivi d’aucune mise en conformité. « Il ne faut pas renverser la
situation. La meilleure façon de lutter contre la surexploitation, c’est de consolider les droits des travailleurs. » Le ministre du Travail a également évoqué la possibilité de faire
appel aux inspecteurs du travail pour procéder aux sanctions « qui touchent au porte-monnaie et à l’image de l’entreprise ». Encore faut-il, s’insurge Chaveau, cesser d’amputer les
emplois de la fonction publique… D’autant que, déjà en 2007, plusieurs syndicats d’inspecteurs du travail s’étaient inquiétés des nouvelles compétences du ministère de l’Immigration concernant
le travail illégal des étrangers. Ils avaient refusé d’être utilisés par le gouvernement comme « ouvre-boîtes » dans le but de traquer les sans-papiers.
Les syndicats dénoncent les tentatives d’intimidation
Les déclarations d’intention de Xavier Darcos interviennent en plein mouvement de grève dans près de 1800 entreprises, avec plus de 5200 travailleurs mobilisés. Depuis le 22 octobre, les
syndicats et Éric Besson négocient toujours l’adoption d’une circulaire de régularisation. « Pour le moment, explique Raymond Chauveau, nous avons eu connaissance du document de synthèse
du ministère. Nous n’avons pas l’intention de signer une circulaire sans contenu. Nous réitérons notre volonté de voir s’appliquer des critères simplifiés, améliorés, harmonisés et qui
garantissent l’égalité de traitement pour les femmes qui travaillent dans l’aide à la personne, mais aussi pour les Algériens et les Tunisiens. Nous demandons que soient prises en compte, dans
les critères de régularisation, la reconnaissance dans une activité salariée pendant douze mois ou encore la présence en France depuis trois ans et moins, au lieu des cinq ans demandés par le
gouvernement. »
Dans un communiqué commun, en date du 9 novembre, cinq syndicats (CGT, FSU, Solidaires, CFDT et Unsa) et six associations (LDH, RESF, Cimade, Autremonde, Femmes égalité, Droits devant !) dénonçaient les tentatives d’intimidation du mouvement. « Nous sommes déterminés à exercer le droit de grève, prévient Raymond Chauveau. Mais nous sommes aussi disposés à en discuter autant avec Besson qu’avec Darcos. »
Ixchel Delaporte
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