Contraception : "La pilule oui, mais pas n’importe laquelle"
Humanité Quotidien
4 Janvier, 2013
Entretien
Le Planning familial fustige l’attitude de médecins qui ont largement prescrit les pilules de troisième génération, sans réels progrès par rapport à
celle de deuxième génération. Véronique Séhier est membre du bureau national du Planning familial.
Proposez-vous des pilules de troisième et quatrième générations au Planning familial ?
Véronique Séhier. Jamais en première intention. Pour deux raisons : la première parce que nous respectons les recommandations de la
Haute Autorité de santé qui préconise depuis longtemps de ne les proposer qu’en deuxième intention, c’est-à-dire quand la femme ne supporte pas très bien la pilule de deuxième génération.
Ensuite, pendant longtemps, ces pilules n’étaient pas remboursées par la Sécurité sociale. Or, nous proposons toujours des pilules remboursées car un des motifs d’arrêt de la pilule,
c’est son coût. Une jeune femme n’ose pas dire à son toubib qu’elle ne pourra pas payer 15 euros par mois pour sa pilule et elle l’arrête. Nous savions enfin que ces pilules de troisième
et quatrième générations n’offraient pas un progrès réel par rapport aux précédentes.
Comment jugez-vous la décision de Marisol Touraine de dérembourser ces pilules dès mars prochain ?
Véronique Séhier. La ministre a en effet avancé de six mois sa décision de dérembourser. Cette décision est ambiguë. Pourquoi ne pas retirer
du marché ces pilules si elles sont jugées peu différentes des anciennes générations et plus lourdes pour la santé ? Il y a de quoi faire paniquer les femmes qui, le plus souvent, ne
savent pas qu’elles utilisent une pilule de deuxième ou de troisième génération. Cela entraîne un sentiment de défiance vis-à-vis de la pilule en général alors que c’est un moyen de
contraception qui a fait ses preuves et qui fonctionne très bien pour beaucoup de femmes. De plus, un déremboursement pour les femmes qui utilisent une troisième génération parce qu’elles
ne supportent pas bien la deuxième est doublement pénalisant pour elles !
Comment expliquez-vous
que ces pilules de deuxième
et troisième générations soient
si largement prescrites ?
Véronique Séhier. Des médecins, poussés par la pression marketing des laboratoires, n’ont semble-t-il pas écouté les recommandations et ont
prescrit à tour de bras ces pilules en première intention. Parfois, ce sont les filles elles-mêmes qui viennent chercher la même pilule que leur copine qui leur a dit qu’elle ne faisait
pas grossir et limitait les boutons d’acné. L’information et la formation des médecins doivent être indépendantes des labos.
Entretien réalisé par Maud Dugrand
Publicité
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)