Climat : l’air chaud va-t-il faire griller Kyoto II ?
Humanité Quotidien
7 Décembre, 2012
Les négociations climatiques doivent s’achever ce vendredi à Doha. Un sujet enflamme
toujours les débats : celui des 13 milliards de tonnes de CO2
en surplus sur le marché.
Il devrait être, avec les questions financières, l’une des clés par lesquelles se boucleront (ou pas) les négociations sur la reconduction du protocole de Kyoto [1] (PK). L’air
chaud – ou autrement nommé l’enjeu de l’intégrité environnementale – a refait surface à Doha, où la 18e conférence des parties de l’ONU sur le changement climatique (COP18) est en passe
de s’achever.
L’air chaud, ce sont tous les permis d’émettre des gaz à effet de serre non utilisés à l’heure où la première période du protocole de Kyoto s’achève,
c’est-à-dire maintenant (le 31 décembre 2012 pour être précis). Selon les calculs, il resterait près de 13 milliards de tonnes équivalent carbone (tèqCO2) en surplus, soit 13 milliards de
quotas carbone échangeables sur le marché du même nom. La question est : qu’en faire ? Les détruire, comme le préconisent les pays en développement ? Ou les reconduire dans la deuxième
période du PK, comme le revendiquent certains pays industrialisés?
Quand, en 1997, fut signé le protocole de Kyoto, c’est la deuxième option qui avait été retenue. Il s’agissait, alors, de promouvoir une action de réductions
d’émissions ambitieuse. « Sauf qu’aujourd’hui, ce stock n’est pas le fruit de réductions effectives, mais le résultat d’un jeu comptable », explique Célia Gautier, du Réseau Action Climat
France (RAC). Dès le départ, a été attribué aux pays un nombre de crédits correspondant à leurs objectifs de réduction de GES. Mais, dès le départ, ces objectifs étaient bas, voire
biaisés. La Pologne, par exemple, s’était engagée à réduire ses émissions de 6 % par rapport à 1988. « Et cela en dépit du fait que, en 1997, ses émissions étaient déjà d’environ 20 % en
dessous des niveaux de 1988 », résultat de la désindustrialisation massive survenue après la chute du mur, note ainsi le RAC. Idem pour la Russie, qui détient actuellement 5,6 milliards
de tonnes d’air chaud, et revendique de pouvoir continuer à les utiliser… sans pour autant se réengager dans Kyoto.
Objectifs si faibles
Outre qu’un effondrement économique peut difficilement être mis au compte de la lutte climatique, le surplus ainsi engendré pourrait venir plomber
l’efficacité – déjà critique – d’une deuxième période du protocole de Kyoto, alertent pays du Sud et ONG. Les objectifs avancés (– 20 % pour l’Europe, – 5 % pour l’Australie, seules
prêtes à se réengager) sont déjà si faibles, qu’elle devrait déboucher sur un excédent de 3 à 10 milliards de tonnes de CO2. Ajoutez, donc, les 13 milliards issus de la première période,
et le protocole n’aurait plus d’effet (rappelons qu’un crédit carbone = un droit d’émettre 1 tèqCO2). Côté marché, la quantité de crédits serait telle que les États n’auraient plus à
mettre en œuvre de politique de réduction de gaz à effet de serre.
Le même problème, en outre, se poserait au moment de s’engager dans le futur accord mondial décidé l’an dernier à Durban (a priori en 2020). Une perspective
apte à en faire capoter les négociations, quand les poids lourds que sont la Chine ou l’Inde attendent des signaux forts de la part des pays industrialisés avant de s’engager à des
réductions importantes. La Chine avait proposé de constituer, avec cet air chaud, une réserve internationale, utilisable en cas de besoin, par les États les plus ambitieux, et que l’on
aurait détruite à l’issue de la deuxième période du protocole de Kyoto. Le compromis a été rejeté. Reste à voir ce qui se jouera au cours des dernières heures de négociations. La Pologne,
candidate pour accueillir la prochaine conférence, est attendue au tournant. L’Union européenne aussi, dont on attend, au minimum, qu’elle décide de porter ses ambitions de réduction de
gaz à effet de serre à 30 %. Cela aurait deux avantages : limiter les dégâts et donner le fameux « signal fort » tant attendu.
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Marie-Noëlle Bertrand
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