Horaires flexibles, travail à temps partiel, pression à la rentabilité et obligation de
poly-activités sont désormais le lot commun des employés du commerce. Photo LS
Des syndicalistes CGT témoignent des
conditions de travail dans la grande distribution et des difficultés du secteur commerce au quotidien.
« La situation n’est pas florissante. Dans
la profession, la pression sur les salaires est très importante et ils sont bloqués depuis longtemps au Smic pour les temps plein », explique Avelino Carvalho,
responsable de la section commerce à l’UD CGT 13. « La précarité s’accroît d’autant que c’est un secteur où les contrats à temps partiel imposés sont nombreux. Quand on
cumule bas salaires et absence de politique salariale on débouche sur des travailleurs vivant sous le seuil de pauvreté ».
Sur le terrain un constat devient une constante : « On n’a pas le choix ». Le travail dominical est devenu « un enjeu et une véritable bagarre car le patronat
s’engouffre dans la loi, maintient la flexibilité et le travail dominical, mais elle est difficile », admet Avelino Carvalho. Véronique Rolando, dix-huit ans
d’ancienneté, représentante syndicale CGT dans une moyenne surface dans les quartiers Sud de Marseille, occupe également le poste d’élue au CHSCT. Responsable
commerciale, elle travaille – CDI et temps plein – deux heures à la station service et au secteur Fruits et légumes pour 1100 euros nets mensuels. Une caissière à temps
plein gagnerait 1050 euros nets mensuels.
Le résistance progresse
Aux horaires flexibles et contrats en temps partiel, s’ajoute désormais systématiquement « la poly-activité », explique-t-elle. Quant au dimanche, « il est intégré dans
les nouveaux contrats dans les plages horaires ». Avelino Carvalho estime cependant que sur le terrain « la résistance progresse sur les questions d’organisation du
travail et du pouvoir d’achat ». Avec la « diminution de la masse salariale de 3% en 2009 et le même taux prévu en 2010, le climat est de plus en plus tendu », étaye
Véronique Rolando. « Les congés et les maladies ne sont plus remplacés du coup nous sommes en modulation. Le planning stipule les semaines hautes et les semaines basses
pendant lesquelles vous récupérez le surplus horaire ». Des semaines qui devraient osciller entre 38 heures et 32 heures selon la convention collective. Pour elle,
l’aggravation des conditions de travail est directement liée. « Les salariés, y compris les cadres sont fatigués par leur rythme de travail car le rendement use. Tout
doit aller vite et les charges de travail s’accumulent. Quand vous êtes responsable d’un secteur, on peut vous demander « en section commando » d’aller en renforcer un
autre. Mais vous êtes vulnérable à ce moment là car vous délaissez votre tâche habituelle… et n’êtes plus à l’abri des reproches, voire des sanctions ».
Pression et pénibilité
Véronique Rolando, raconte la mésaventure récente d’un salarié. « Son supérieur lui demandait d’intervenir sur une tête de gondole. Il a répondu qu’il ferait ce travail
après celui qui lui incombait et que cela n’entrait pas normalement dans ses fonctions. Il a pris deux jours de mise à pied alors qu’il avait finalement fait le travail
». Des sanctions qui impactent et pressurisent les employés y compris le syndicat. « J’étais présente lors de son entretien, dévoile véronique Rolando et on lui a dit
d’emblée qu’il avait choisi le mauvais syndicat… ». Autre constat : la pénibilité. « Pour économiser sur le transport, les palettes sont plus hautes. Elles mesurent deux
mètres et moi 1,58m ! Le chauffeur et le réceptionniste les sortent du camion puis nous les amènent. Comment arriver à porter la caisse du haut sans prendre de risque ?
Et puis les fruits et légumes ce n’est pas du coton ! Nous n’arrivons pas à obtenir une prise en compte de cette réalité ».
Le syndicat, qui compte 25 unions locales, s’ancre aussi dans les zones où les enseignes sont concentrées. Leslie Guernoudi, ex-vendeuse dans le prêt-à-porter à 1083
euros mensuels, est maintenant détachée par la fédération départementale CGT Commerce. Elle joue le rôle de courroie de transmission de l’information syndicale et
sociale dans les sens ascendant et descendant. Chaque mois, Leslie Guernoudi rassemble les dix-sept délégués du secteur Plan-de-Campagne puis la vingtaine de la
Valentine pour faire le point. « Clairement, les conditions de travail et de vie se dégradent. Le salarié du commerce de détail est seul et doit savoir tout faire.
D’ailleurs dans les nouveaux contrats le titre qui revient le plus souvent c’est « agent polyvalent ». Côté gérant de la boutique, c’est souvent un néophyte sur les
questions liées au droit du travail, ce qui complique les choses. Nous sommes interpellés majoritairement sur les conditions de travail. Les journées ont désormais une
amplitude très importante et nombreux sont les salariés qui restent sur place pendant la pause imposée, puisqu’une journée peut commencer à 9 heures et se terminer à 22
heures. Les salariés s’aperçoivent aujourd’hui qu’ils ont été grugés y compris sur le travail dominical. Le patronat avait soutenu que le dimanche permettrait de faire
plus de chiffre d’affaires au profit des salariés. Les salariés prennent conscience que le combat qu’ils avaient mené était un faux combat », éclaire la syndicaliste. Le
niveau de salaire étant très bas, les candidats avaient été nombreux à le défendre. « Mais ceux issus des grandes surfaces qui souhaitaient améliorer leur fin de mois,
ne travaillent finalement pas tous les dimanches comme escompté car on leur oppose l’équité et donc de « tourner ». Ils ont découvert que le petit plus mensuel apporté
par deux dimanches - payé double mais sur la base du SMIC – avait maintenant des répercussions sur leurs prestations Caf. Ils perdent souvent plus que ce qu’ils avaient
gagné. Dans le commerce de détail, c’est plus simple : à l’embauche si vous refusez le dimanche, on ne vous choisit pas ».
Reportage Nathalie Fredon
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