Une Europe des peuples contre une Union « dépeuplée »
Humanité Quotidien
17 Septembre, 2012
Fête de L'Humanité 2012
Les grands débats de la Fête de l'Humanité. Comment construire une souveraineté populaire quand
le
TSCG dépossède les peuples de l’Union européenne : un débat a rassemblé à l’agora responsables politiques, syndicaux et associatifs,
dans la perspective
du 30 septembre. Morceaux
choisis.
DANY LANG, SECRÉTAIRE
DES ÉCONOMISTES ATTERRÉS :
[1]«Le TSCG n’a été que très légèrement modifié après les demandes de François Hollande. C’est un sparadrap, ce volet croissance,
et en réalité une catastrophe, c’est ce que nous avons écrit dans un ouvrage collectif, l’Europe maltraitée. Ce pacte signifie l’austérité à vie et va enfoncer l’Europe dans ce que
j’appelle une spirale austérité-récession. On s’enferme dans l’austérité, donc on fait chuter l’activité économique, donc moins de croissance, plus de chômage, moins de recettes fiscales,
donc le déficit se creuse et on va nous expliquer que, pour lutter contre les déficits, il faut plus d’austérité… Ce pacte va rendre l’austérité automatique. Il enlève des mains des États
le dernier instrument qu’il leur reste, la politique budgétaire. Aucun pays, et pas même l’Allemagne, ne parviendra à respecter ce traité. ».
AURÉLIE TROUVÉ,
COPRÉSIDENTE D’ATTAC :
[2]« Il faut souligner aussi combien ce traité est une atteinte à la démocratie. François Hollande s’était engagé à le renégocier,
il ne veut en changer finalement aucune ligne. Le pacte de croissance est un rideau de fumée, avec des mesures déjà prévues. C’est un signe politique très inquiétant de sa part de céder,
voire de participer à la stratégie du choc que les élites politiques et économiques sont en train de mettre en œuvre, c’est-à-dire une destruction inédite et sans précédent des acquis
sociaux sous couvert de remboursement de la dette. En Grèce au fond, les élites européennes testent la résistance des peuples. Les nouveaux mouvements comme les Indignés ou Occupy Wall
Street placent justement la démocratie au cœur de leurs luttes. Nous sommes plus européens que les libéraux en réalité, quand nous exigeons une Union plus solidaire. »
FRÉDÉRIC IMBRECHT,
DE LA COMMISSION EXÉCUTIVE
DE LA CGT, REPRÉSENTANT
DE LA CONFÉDÉRATION À LA CES :
[3]« Toutes les organisations de la CES, de façon unanime, considèrent à l’expérience que la mise en œuvre de ce traité
ferait exploser l’Europe, avec des risques démocratiques énormes. Le principal problème à mes yeux n’est pourtant pas la souveraineté nationale, la solution à la crise européenne est
européenne, ou elle n’est pas. Il faut donc réfléchir à une souveraineté populaire européenne. À propos du référendum, pour ce qui est de la CGT, je le dis très clairement, l’essentiel
des conséquences du traité s’applique aux salariés ; ceux qui sont au départ des richesses. Si en cas de référendum en France le oui l’emportait, la CGT ne se sentirait pas tenue de
respecter la parole du peuple et continuerait à se battre contre le traité. Nous ne voulons d’aucune sorte de ratification que ce soit. »
FRANÇOIS DELAPIERRE,
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU PARTI
DE GAUCHE :
[4]« Les pays de l’UE ne parviennent pas à rester en
deçà des 3 % de déficit public, et on instaure une règle qui abaisse le seuil à 0,5 % C’est dire l’absurdité que même des économistes qui n’ont pas soutenu le Front de gauche
reconnaissent. L’un d’eux dit : « Si Hollande ne tient pas son objectif de 3 %, la croissance sera de 0,7 point. S’il y parvient, la croissance sera de… zéro. » Eux-mêmes reconnaissent
que le système casse la croissance. La seconde dimension de ce traité est politique, cela a été dit, donner le pouvoir sur les budgets des États à des instances non élues. C’est le verrou
qui les empêche de faire passer les politiques austéritaires. Il a suffi qu’en Grèce le premier ministre Papandréou évoque un référendum avant de partir piteusement pour qu’il déclenche
quasiment des émeutes dans les capitales européennes ! »
KARIMA DELLI,
DÉPUTÉE EUROPÉENNE (EELV) :
[5]« On ne pourra pas avec de tels plans d’austérité
enclencher réellement la transition écologique. J’attire en outre votre attention sur le fait que, s’il y a des écarts croissants entre les pays de l’Union, c’est l’euro même qui peut
être remis en cause. Dernier point, lorsqu’il y a dégradation économique forte, il y a le risque d’une montée des nationalismes, et un réel danger d’extrême droite. Il ne faut absolument
pas qu’il y ait ce délitement politique en Europe. Je suis définitivement pour une Europe solidaire, démocratique, écologique, et avant tout une Europe des peuples. »
PATRICK LE HYARIC,
DIRECTEUR DE L’HUMANITÉ
ET DÉPUTÉ EUROPÉEN
(FRONT DE GAUCHE) :
[6]« Rappelons le fait fondamental que les budgets
nationaux seraient selon le traité élaborés désormais sous le contrôle direct de la Commission de Bruxelles, avec ses représentants présents dans les Parlements au moment des débats. Il y
a un chapitre, le quatrième, qui dit de façon précise ce que peut faire ou pas un gouvernement. Un exemple : un gouvernement qui demain, pour sauver PSA, voudrait prendre des parts dans
l’entreprise pour proposer des véhicules conformes à la transition écologique en serait empêché. La Commission de Bruxelles dirait « nein » ! Ce traité n’est pas à mille lieues de nous.
Ce que François Hollande a annoncé dimanche dernier, ce n’est rien d’autre que l’anticipation de la mise en œuvre de ce traité, c’est au nom de cela que l’on va augmenter un certain
nombre d’impôts, y compris « écologiques », le contrôle des comptes de la Sécu, des communes. »
-
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quotidienne" [8]
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Propos recueillis par Lionel Venturini
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