Ils s’étaient déjà mis en route, il y a 2 012 ans, guidés par une étoile, pour apporter au pied de l’enfant incarnant l’humanité naissante l’or, l’encens et la myrrhe. Pourquoi ne pas mettre ses pas dans cette parabole puisque nous avons fêté Noël, croyants ou non ? Aujourd’hui, le premier des rois mages cherche à fuir les obligations de l’intérêt général pour abriter ses trésors en Belgique. Je ne parle pas là de Gérard Depardieu, qui n’est en la circonstance que l’histrion des grandes fortunes et le prête-nom de leur croisade contre le partage et l’impôt. Je parle plutôt de Bernard Arnault, singulièrement discret ces derniers jours où les autorités belges le soupçonnent de jouer à cache-cache avec le fisc. Là, on parle de choses sérieuses, d’un magot équivalant au produit total (PIB) du Cameroun en 2012, tandis que Liliane Bettencourt serait assise sur l’équivalent du PIB de la Tanzanie ou de la Côte d’Ivoire. Ce sont ces gens-là qui alimentent la campagne dénonçant un « impôt confiscatoire » ! Ces chiffres, vous ne les entendrez ni sur TF1 ni sur France 2 qui, depuis l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, n’ont jamais invité à débattre un journaliste de l’Humanité.
L’encens de la parabole symbolisait la spiritualité. Voilà que l’épiscopat français, plutôt que de marcher contre la pauvreté grandissante, s’emploie à mobiliser contre l’égalité d’accès au mariage. Le secrétaire général de l’enseignement catholique a même demandé contre toute déontologie ou même respect du financement public que tous ses établissements se lancent dans une action de propagande contre ce projet de la gauche ! La route qui mène à l’humanité semble perdue cette année.
Reste la myrrhe, sève vouée à soigner les corps souffrants. Ô combien nécessaire ! Le Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie vient ainsi de relever que les retraités les plus pauvres – ouvriers et employés – dépensent 1 700 euros de plus par an que les cadres parce qu’ils sont plus malades. Ou encore que le taux de renoncement à des soins est de 50 % plus élevé pour les ouvriers non qualifiés que pour des cadres. Tandis que les patrons du CAC 40 se sont offert une augmentation moyenne de 176 000 euros en 2012, les allocataires du RSA ne recevront que 48 euros de plus durant les cinq prochaines années ! Les marchands du temple tiennent le haut du pavé et, puisqu’il est ici question de métaphore, comment admettre que François Hollande, qui promettait le fouet à la finance, lui distribue aujourd’hui toutes ses indulgences ? Ce renversement est gros de menaces pour les salariés et la majorité des citoyens. L’austérité qui s’annonce leur promet les pires difficultés. Certains, désespérés, risquent de s’abandonner aux vents mauvais de l’extrême droite. Alors, on est tenté de lancer à la gauche qui garde le courage et la justice au cœur : « Lève-toi et marche ! »
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