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Article paru le 21 avril 2010 dans l'Humanité

 

Chez Leclerc, des licenciements très ciblés

Tarbes, correspondance.

L’affaire fait grand bruit en Bigorre. Depuis un an, trois salariés licenciés par le centre E.Leclerc d’Ibos, près de Tarbes, sont à l’origine d’une vaste mobilisation politique et syndicale. Un collectif de soutien a vu le jour, un blog (1) a été créé. Les trois salariés aujourd’hui sans travail, appuyés par les partis de gauche et plusieurs syndicats (CGT, Solidaires, Unsa, FSU), n’ont nullement l’intention de se laisser écraser par le géant de la distribution.

Tout commence le 19 mars 2009, journée nationale de mobilisation syndicale. Au Méridien d’Ibos, où sous l’enseigne E. Leclerc sont regroupés un hypermarché, une librairie et un centre culturel, cinquante à soixante salariés cessent le travail pendant trois heures et participent à la manifestation tarbaise. Ce n’est pas si banal  : aucune grève n’avait eu lieu au Méridien depuis 1976. Cerise sur le gâteau, la presse locale publie le lendemain la photo de trois salariés portant une banderole détournant le slogan publicitaire  : « Leclerc, les salaires les plus bas ». Les dirigeants du Méridien, peu habitués aux mouvements sociaux, n’apprécient pas. Les grévistes sont convoqués individuellement à un entretien. Les trois porteurs de la banderole sont plus particulièrement dans le collimateur de la direction, à la recherche de meneurs. Florence Andrieu, Christian Doléac et Cyrille Panassas (qui travaillent à la librairie) ne seraient-ils pas en train de créer une section syndicale  ? En juin 2009, ils sont donc licenciés… pour motif économique.

Le conseil des prud’hommes des Hautes-Pyrénées examinait hier l’affaire. « Quand nous avons fait grève, s’écrie Florence Andrieu au cours du rassemblement précédant l’audience, nous étions sûrs d’être protégés par la Constitution française. Et pourtant… Au bout d’un an de lutte nous sommes fatigués mais fiers d’avoir relevé la tête et impatients que justice nous soit rendue. » Ils demandent l’annulation des licenciements, leur réintégration et le paiement des salaires non versés depuis un an. Dans le rassemblement, Marie-Pierre Vieu (PCF) rappelle les multiples interventions des élus communistes au conseil régional et dans les conseils municipaux du Grand Tarbes pour appuyer « les trois du Méridien ».

Au cours de l’audience, Me Chaumier, défenseur des centres E. Leclerc, se refuse d’emblée « à aborder le contentieux sous l’angle idéologique qui fait fi du droit au licenciement économique ». Car c’est bien sur le terrain économique que se place l’avocat qui ironise sur « ceux qui crient à la chasse aux sorcières ». Pour Me Chaumier, « la sauvegarde de la compétitivité peut conduire à des suppressions d’emplois ». Il cite la crise économique, la baisse de la consommation. Pour lui, « la baisse du secteur livres-disques peut tirer les autres secteurs vers le bas ». Jugement le 15 juin.

Bruno Vincens

(1) http://licenciesdumeridien-infos.blogspot.com

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Tag(s) : #Economie
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