"Avec Benoît XVI, nous avons plutôt assisté à des régressions"
Humanité Quotidien
12 Février, 2013
Vers une mise en compétition avec les autres religions ?
Codirecteur de la rédaction
de Témoignage chrétien, Bernard Stephan estime que concernant la succession de Benoît XVI, qui a annoncé sa démission
lundi, "les nominations effectuées n’inclinent pas à penser qu’il va y avoir
un changement de cap" dans la conduite de l'Eglise.
« Cette démission est liée au contexte. Il y a d’abord l’âge avancé de cet homme. Quelle que soit l’importance de
sa mission, il existe des limites liées à
son état de santé. Cette décision humanise une fonction trop surévaluée depuis le concile Vatican I en 1870. Ensuite, elle survient dans un contexte mondial assez troublé. L’Église
catholique, comme de nombreuses institutions, se retrouve mise en cause, particulièrement dans son fonctionnement financier peu transparent. La dimension morale n’est pas à négliger avec
les multiples affaires qui ont secoué le pontificat. Mais, surtout, l’Église catholique n’a pas pris la mesure
de la mondialisation.
Sous Benoît XVI, elle a adopté
une posture intenable en basant sa crédibilité sur
une position auto-centrée. L’Église détient seule la vérité et c’est
elle qui par son message peut sauver l’humanité. Cette posture représente un contraste avec l’esprit du concile Vatican II engagé en 1962 par Jean XXIII. C’est un
tournant conservateur qui ne permet pas d’affronter les défis du monde. Ce système mis en place par Benoît XVI est en crise. C’est une crise du système catholique. Dans un monde
pluriel où les entrecroisements de cultures, de religions et de philosophies se développent, la centralité de l’Église catholique n’est plus évidente. Cette posture-là est dépassée. Elle
promeut un discours critique qui rejoint des courants identitaires mais sera de moins en moins pertinente pour ceux qui se battent pour la justice et une humanisation du
monde. Benoît XVI a dit des choses très intéressantes en termes de doctrine sociale, de la défense du bien commun. Mais, sur la mise en pratique, il n’y a pas eu
d’avancées. Au contraire, nous avons plutôt assisté à des régressions.
Concernant sa succession, nous ne sommes pas à l’abri d’une bonne surprise. Mais les nominations effectuées n’inclinent pas à penser qu’il va y avoir
un
changement de cap. L’Église va-t-elle se fixer comme
un « émetteur performant dans le supermarché du salut » avec toute la diversité de messages religieux ?
Il
s’agirait alors de ne rien remettre en cause du monde et des fractures économiques, sociales et financières existantes tout en les dénonçant. C’est en définitive
un positionnement
individuel et hyper-identitaire. C’est la posture la plus probable. L’Église se positionnerait alors en compétition vis-à-vis des autres religions.
Une autre posture consisterait à faire route avec d’autres courants de pensée, avec des hommes et des femmes de diverses confessions et des agnostico-athées
pour une humanisation de cette mondialisation. J’ai tendance à douter de cette seconde hypothèse. Il n’en reste pas moins que, pour sortir de cette crise, l’Église doit s’éloigner
d’un enseignement moral surplombant et non élaboré à partir de la vie réelle des fidèles. Elle doit rétablir la collégialité en donnant leur place aux baptisés, faire vivre une
pluralité grâce à une dynamique œcuménique, et enfin changer de posture
en faisant route avec « les hommes et les femmes de notre temps » pour révéler l’espérance qui est en
eux. »
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Propos recueillis par Pierre Chaillan
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