La marche est finie, mais ils restent motivés, motivés…
Rédaction Web
7 Avril, 2012

Hier soir, les vedettes, c’était eux. Rudy, Rachid, Antoine, Khalid, Jacques, Ben, Jérôme, leurs dix autres copains qui ont parcouru, en une grosse
semaine, les 350 kilomètres qui séparent Florange (Moselle) de Paris pour obtenir le redémarrage immédiat des hauts fourneaux d’ArcelorMittal.
Sur la scène, au bas de l’esplanade du Trocadéro, dans l’ombre de la Tour Eiffel – ce symbole de l’acier lorrain – où les avaient rejoints leurs camarades
partis de la Vallée de la Fensch avec 16 bus, ils ont été acclamés par plusieurs milliers de personnes. Bien sûr, ils ont eu mal : tous racontent les ampoules« grosses comme des pièces de
cinq francs », ces genoux en compote, ces muscles fatiguées. Voix cassées, éraillées d’avoir trop hurlé à chaque étape sur le parcours qu’ils ne « lâchaient rien ». Devant la petite
foule, un des marcheurs décrit ce morceau de France qu’il vient de traverser,« un pays formidable, où l’individualisme n’existe pas et où tout le monde est solidaire ».
Figure charismatique de la CFDT d’ArcelorMittal, Edouard Martin explique que les vingt marcheurs représentent les 2500 salariés de Florange. « Notre avenir
nous appartient, promet-il. Il faudra compter sur nous ! » Un autre confesse que les mots lui manquent et se contente de lancer : « Vive la France ! » Seul marcheur CGT, Jean Mangin,
délégué syndical de l’usine à chaud à Hayange, salue, dans une veine proche, les « patriotes de l’industrie » que la petite équipe constitue à ses yeux : « J’espère que nous tous, ces
patriotes, on va faire des petits partout dans le pays pour arrêter ce capitalisme triomphant qui détruit nos usines et nos emplois ! » Les marcheurs se tombent dans les bras l’un de
l’autre : « On est une nouvelle famille »,se serrent-ils. Et surprise : alors qu’en février 2008, au lendemain de son mariage avec Carla Bruni, Nicolas Sarkozy s’était rendu à Gandrange
pour promettre, avec le succès que l’on sait, que l’aciérie ne fermerait pas –« Pour un voyage de noces, y a pas mieux », avait-il ricané devant les sidérurgistes – voilà qu’un des
marcheurs d’ArcelorMittal profite de l’occasion pour demander la main de sa compagne et que celle-ci accepte sous les vivats : pour un mariage heureux, y a pas mieux, cette fois, c’est
vrai !
Une heure avant le début des festivités au Trocadéro, Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à la présidentielle, est venu, en compagnie de Martine
Billard et Patrick Perron, sidérurgiste et maire PCF d’Algrange dans la Vallée de la Fensch, saluer les marcheurs. Ce qui a, visiblement, agacé Jean-Pierre Liouville, premier secrétaire
fédéral du PS mosellan, qui confie sa rage au Républicain lorrain : « C’est la région (dirigée par la gauche, NDLR) et le département (à majorité de droite, NDLR) qui paient, et
c’est Mélenchon qui récupère… » Les socialistes avaient, eux, dépêché pour accueillir les marcheurs de Florange Manuel Valls et Aurélie Filippetti. Mais sous la scène pendant toute la
soirée, une bonne partie du public affichent les autocollants du Front de gauche.
Après la prestation ébouriffante de RIC, un groupe de ragga de Thionville très engagé aux côtés de l’intersyndicale d’ArcelorMittal depuis des mois, et
l’intervention poilante de Didier Porte, c’est au tour de Bernard Lavilliers d’entrer en scène. A Lakshmi Mittal qu’il « ne connaît pas », il chante Fensch Vallée car,
glisse-t-il, dans tous ces patelins qui se finissent en –ange, c’est l’enfer. Il enchaîne pour tous ses nombreux tubes qui, évidemment, résonnent si bien avec la lutte des sidérurgistes :
« Je voudrais travailler encore, travailler encore, forger l’acier rouge avec mes mains d’or. » Ensuite, Zebda prend le relais et enflamme le public. Les marcheurs finiront, eux, par
remonter sur scène pour entonner « Motivés, motivés ». Désormais de retour à Florange, les ouvriers en lutte chez ArcelorMittal ne risquent pas de s’arrêter…
Thomas Lemahieu
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