Alzheimer : Les angoisses calmées mais la mémoire perdue
Humanité Quotidien
3 Octobre, 2011
Une étude démontrerait un lien entre une prise prolongée de psychotropes et d’anxiolytiques et la maladie d’Alzheimer. 880 000 personnes sont
atteintes par cette pathologie.
Un pas en avant, un pas en arrière. Le dossier du magazine Sciences et avenir publié jeudi 25 septembre a fait l’effet d’une bombe. Selon lui, l’abus
d’anxiolytiques pourrait favoriser l’apparition de la maladie d’Alzheimer. Comme si assommer de médicaments des milliers de personnes âgées ne suffisait pas, ces mêmes médicaments les
rendraient encore plus malades ! Sur les 200 000 nouveaux cas d’Alzheimer recensés chaque année en France, de 16 000 à 31 000 seraient imputables aux psychotropes, et particulièrement aux
benzodiazépines que l’on retrouve dans le Valium, le Témésta, le Xanax, le Lexomil, le Stilnox...
Ces affirmations s’appuient sur les premiers résultats d’une étude épidémiologique réalisée sous l’autorité du directeur de l’unité de recherches
pharmaco-épidémiologie de l’Inserm à Bordeaux, Bernard Bégaud. Pendant vingt ans, le chercheur a enquêté auprès de 3 777 sujets âgés de 65 ans, résidents en Dordogne et en Gironde. Il a
constaté que la prise de médicament oscillait de deux à plus de dix ans. Mais c’est entre cinq et huit ans, après le début des premières prises, que la détérioration cérébrale se ferait
sentir. Bizarrement, Bernard Bégaud n’a de cesse depuis la sortie du numéro de septembre du mensuel scientifique d’en critiquer la présentation. Il affirme désormais « qu’il n’y a pas de
lien de causalité directe démontré, il y a un dossier potentiel, un doute, mais il faut rappeler aussi que ces médicaments sont utiles ». C’est ce qu’on appelle du rétropédalage dans un
climat plus que suspicieux à l’encontre des médicaments en général. Michèle Micas, vice-présidente de l’association France-Alzheimer, se veut plus précise : « Le cri d’alerte du Dr Bégaud
est utile sur un point : les Français prennent trop de psychotropes. De plus, les règles de la prescription des psychotropes en cas de maladie d’Alzheimer sont bafouées. » En clair, quand
la maladie est déclarée, il ne faut pas prescrire d’antidépresseurs ni de calmants. Les angoisses inhérentes à la maladie peuvent être calmées par « des thérapies non médicamenteuses, des
groupes mémoire, tout ce qui travaille sur la réassurance », affirme Michèle Micas. Mais pour cette gériatre et psychiatre le lien n’est pas encore prouvable. « Les tranquillisants
diminuent la capacité d’attention et entraînent un ralentissement dans le traitement de l’information, des déficits que l’on retrouve dans la maladie d’Alzheimer. » De là à provoquer la
maladie ? On peut tout de même s’interroger sur les effets des psychotropes après dix ans de prise quotidienne.
Maud Dugrand
URL source: http://www.humanite.fr/societe/alzheimer-les-angoisses-calmees-mais-la-memoire-perdue-480729
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