Article paru dans l'Humanité le 1er avril 2010
À Nice, des retraités ne mangent plus à leur faim
Débordés, des responsables d’associations de solidarité constatent la montée de la pauvreté parmi les retraités dans la capitale de la Côte d’Azur. De plus en plus, ils frappent désormais à leur porte pour se nourrir. Envoyé spécial
Femme forte et forte femme, Aroussia Paonessa en a vu d’autres, mais elle est encore bouleversée par ce qu’elle a vécu la semaine dernière à la permanence du Secours populaire français (SPF) de Nice : « J’ai reçu un monsieur de soixante-dix ans, bien habillé, qui m’a avoué n’avoir pas mangé depuis trois jours. Je lui ai trouvé un paquet de biscuits qu’il a tout de suite avalé, avant de l’envoyer vers notre épicerie solidaire. Et là je me suis demandé : mais qu’est ce qui nous arrive ? » C’est pratiquement la même question que se pose, Raymond, soixante-six ans, qui vient en cette fin d’après midi – « parce qu’il y a moins de monde » – se ravitailler à l’épicerie du SPF. Depuis qu’il a perdu, il y a trois ans, sa femme, retraitée de l’hôpital, cet ancien fonctionnaire contractuel est dans la galère. Un loyer de plus en plus lourd dans cette ville toujours hors-la-loi SRU, deux enfants mariés, eux-mêmes en difficulté sociale, « il reste entre 50 et 60 euros par mois pour manger et pourtant j’ai travaillé toute ma vie », dit-il. Mais selon la bénévole du SPF qui délivre les cartes donnant accès, contre 1 euro symbolique, à l’aide alimentaire, il y a pire : « Les retraités qui osent pousser notre porte sont motivés par le pharmacien ou le médecin du quartier, ce sont souvent des femmes, veuves de petits commerçants qui n’ont qu’une pension de réversion pour survivre. La plupart ont 1 euro par jour pour se nourrir ! » On comprend alors pourquoi, depuis peu, des personnes âgées se mêlent discrètement aux SDF dans la queue pour la soupe populaire que distribue, trois fois par semaine, l’Armée du salut devant le restaurant municipal. Après les travailleurs pauvres, voici donc venu le temps des retraités pauvres, au pouvoir d’achat laminé dans cette ville touristique où la vie est aussi chère qu’à Paris. Combien sont-ils ? « Impossible à dire. Mais leur nombre ne cesse d’augmenter et leur situation individuelle est de plus en plus catastrophique », estime Stéphanie Bouloc, directrice de l’épicerie sociale implantée depuis sept ans par l’association Dialogue dans les quartiers populaires de l’est de Nice. Deux cents produits de base y sont proposés « 90 % moins cher » à des clients orientés par des assistantes sociales. « Un tiers de notre public est composé de jeunes en foyer et de retraités », remarque la directrice du site, Sabrina Smati, tout en soulignant le désarroi dans lequel se trouvent ces vieux, qui, « lorsqu’ils viennent la première fois, s’excuseraient presque d’être là ». Aroussia Paonessa ajoute : « Ce n’est pas une mauvaise passe qu’ils traversent mais bien un appauvrissement continu qu’ils subissent. C’est pourquoi je leur délivre une carte alimentaire à vie. »
PHILIPPE JÉRÔME
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