
C'est un séisme social que la CGT entrevoit à PSA Peugeot Citroën. Selon le syndicat, le constructeur automobile PSA Peugeot Citroën prévoirait de fermer deux sites employant 6.200 personnes d'ici 2014, dont celui d'Aulnay-sous-Bois. La direction a tout de suite répliqué en expliquant que la fermeture de l'usine de Seine-Saint-Denis n'était pas "d'actualité".
CGT: la direction a "menti depuis des années"
S'appuyant sur un document interne du groupe, la CGT a affirmé au cours d'une conférence de presse que PSA prévoyait de fermer son site d'Aulnay "courant 2014" et celui de Sevelnord (Nord) en 2013. Le document interne de PSA, daté du 23 août 2010 [1], situe "la fenêtre d'annonce possible, dans le calendrier électoral français, au deuxième semestre 2012", soit après l'élection présidentielle. Les usines en Turquie, au Maroc et dans les pays d'Europe centrale et orientale devraient récupérer la mise.
Au cours de la conférence de presse de la CGT, premier syndicat chez PSA, Bruno Lemerle, représentant au CCE et au comité de groupe européen, a reproché à la direction de leur avoir "menti depuis des années". "On va demander des comptes", a-t-il prévenu. Jean-Pierre Mercier, délégué syndical à Aulnay, a dénoncé un "plan scandaleux, révoltant".
De son côté, la CGT de l'usine Sevelnord d'Hordain (Nord), dont PSA avait annoncé le 12 mai qu'il ne produirait plus pour Fiat à l'horizon 2017, a estimé que la fermeture du site en 2013, mentionnée dans un document interne, ne faisait que préciser "les échéances" pour les salariés. "On connaissait les objectifs, on a maintenant les échéances (...). On sent bien qu'on va vers la fermeture", a indiqué à l'AFP Ludovic Bouvier, secrétaire général CGT de l'usine Sevelnord.
Les suspicions des autres syndicats
Anne Valleron, délégué central CFE-CGC: "On attend de s'expliquer avec la direction cet après-midi. Mais des notes de ce style, on en a vu plein, Vélizy a fermé vingt fois en trente ans, La Garenne, quinze fois et pourtant, ils sont toujours ouverts. Des projets, il y en a tous les jours... Mais pour les salariés, c'est insupportable de voir paraître quelque chose comme ça dans la presse et d'entrer de fait dans une zone de turbulence et d'incertitude".
Ricardo Madeira, délégué central CFDT: "Cela reste à confirmer, mais il est vrai que nous avons des inquiétudes sur ces deux sites depuis un moment. A Aulnay, pour l'instant, ils travaillent sur la C3, mais après? On ne voit pas ce qu'il y a derrière, rien n'est prévu".
Pascal Pavillard, délégué central FO: "Je savais que Sevelnord avait quelques soucis par rapport à la fin de sa collaboration avec Fiat, mais de là à fermer... Pour Aulnay aussi, je suis assez surpris. C'est vrai qu'il n'y avait plus beaucoup d'investissements sur le site, ce qui laissait présager d'une fin un jour, mais je suis quand même très surpris".
La direction de PSA dément
La direction a aussitôt répondu que la fermeture du site d'Aulnay n'était "pas un sujet d'actualité", affirmant que le document interne, vieux de près d'un an, n'avait pas valeur de décision. Dans un communiqué titré "Mise au point concernant le site d’Aulnay", la direction ajoute qu'elle entend convoquer "un Comité central d’Entreprise (CCE) exceptionnel dans les prochains jours pour une mise au point sur le sujet". Elle devait recevoir les syndicats jeudi après-midi.
Selon le groupe, la note citée par la CGT "est un document préparatoire (...) sur la compétitivité industrielle à long terme du groupe en Europe". "Anticiper sur ces sujets dans le contexte de crise qui était celui de l'industrie automobile à l'été 2010 était, et reste, du devoir de la direction générale", fait valoir PSA en affirmant que les questions de compétitivité faisaient "l'objet d'échanges réguliers" avec les partenaires sociaux.
Brard et Buffet interpellent le gouvernement...
Le député Jean-Pierre Brard (apparenté communiste), élu de Seine-Saint-Denis, a pris la parole en fin de matinée dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale pour "alerter" ses collègues sur la "note interne", induisant, selon lui, la suppression à terme de "15.000 emplois", y compris les emplois induits. "Voilà un grand groupe français qui se vantait de produire plus que Renault dans l'hexagone et qui est en train de détruire des milliers d'emplois !", a-t-il dénoncé.
De son côté, Marie-George Buffet, députée PCF de Seine-Saint-Denis, en appelle au gouvernement: "Je tiens à exprimer mon opposition à ce choix et ma détermination à tout faire pour le maintien de cette grande entreprise de Seine-Saint-Denis et à défendre les 3.500 emplois concernés par cette menace. Il y va de l'avenir industriel de notre pays et de celui de milliers de familles. J'interviens immédiatement auprès de la direction et du gouvernement en ce sens."
...qui entre en gesticulation
6200 emplois en moins. Le gouvernement, qui a renfloué les constructeurs automobiles français sans rechigner en 2009, a réagi. Son ministre de l'Industrie, Eric Besson, a annoncé qu'il allait s'entretenir ce jeudi soir avec le président du directoire de PSA Peugeot Citröen, Philippe Varin, sur le sujet. Un entretien, ça ne mange pas de pain.
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