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Idées - Tribune libre - Article paru le 7 octobre 2009 dans l'Humanité

 

 Serons-nous au rendez-vous ?

Par Pierre Laurent, responsable de la coordination nationale du PCF


Pouvons-nous, dans les semaines et les mois à venir, faire sérieusement évoluer la situation à gauche ? Pouvons-nous la faire évoluer au point qu’enfin l’opposition multiforme à la politique de Nicolas Sarkozy qui s’exprime dans le pays trouve le chemin d’une expression politique réellement alternative au pouvoir de la droite ? C’est l’urgente question de l’heure.

Oui, je crois que nous le pouvons, et cela mérite de s’en expliquer. D’abord, il convient de prendre la mesure de ce qui pousse dans le pays. La mobilisation populaire contre la privatisation de La Poste a été bien au-delà de toutes les prévisions. La profondeur de ce mouvement, les raisons de cette irruption populaire doivent faire réfléchir toutes celles et ceux qui à gauche cherchent l’issue à la situation actuelle. La colère contre les licenciements boursiers, les luttes dans les services publics portent elles aussi des questions de plus en plus fondamentales. Plus généralement, les mobilisations sociales (d’un niveau exceptionnel) depuis le début de l’année et l’obstination politique que le pouvoir leur oppose, si elles suscitent des interrogations, sont en train de faire grandir la question politique. Dque le bilan de cette première année de crise, jusque dans ces aspects les plus dramatiques comme les suicides à France Télécom, commence à révéler avec éclat les impasses et plus encore la dangerosité de la politique sarkozyste. Les urgences de la crise frappent à toutes les portes. Au total, prenons-en bien conscience : une attente et une disponibilité tout à fait nouvelles mûrissent dans le pays pour engager des constructions alternatives aux politiques et au pouvoir de la droite. Créer les conditions pour qu’elles puissent investir le débat politique, et singulièrement le débat à gauche, est un enjeu essentiel.

C’est le sens profond des ateliers dont le Parti communiste a lancé l’idée à la Fête de l’Humanité, afin de faire émerger, en lien avec les mobilisations sociales et les énormes défis soulevés par la crise, « un immense débat d’idées et de projets à gauche ». Nous voulions sortir la gauche de l’enlisement et des impasses mortifères dans lesquelles on cherche à l’enfermer avec les alliances au centre et les primaires. Le défi d’une recomposition qui tuerait la gauche pour longtemps est devant nous, ne nous le cachons pas, mais la partie n’est pas jouée. Les trois semaines écoulées depuis la Fête de l’Humanité nous donnent des motifs d’espoir dans notre capacité à mettre en échec ce remodelage. Elles nous révèlent aussi l’ampleur de la tâche. Tout est fait pour évacuer du débat les enjeux du projet et la nature des réponses qu’il convient d’apporter aux exigences sociales et écologiques, nous voulons à l’inverse tout faire pour que ces questions dominent dans le débat, pour qu’elles deviennent incontournables dans la construction de l’alternative politique.

Notre objectif avec les ateliers est bien qu’émergent de cette confrontation publique les objectifs fondateurs, les grands axes de ce que doit être une politique de gauche digne de ce nom, une alternative crédible à la politique de Nicolas Sarkozy. Le Parti communiste entend y jouer tout son rôle, en portant une démarche conquérante. Nous souhaitons que les forces du Front de gauche portent en commun dans ces ateliers des objectifs politiques clairs, permettant de rompre avec le fatalisme à gauche et redonnant l’espoir de majorités politiques capables de mettre en oeuvre des transformations sociales d’ampleur. Nous y travaillons activement. L’efficacité de cette démarche commande qu’elle se déploie au grand jour. C’est ce que nous voulons en invitant toutes les forces de gauche et écologistes dans ces ateliers, en proposant aux acteurs du mouvement social, syndical, associatif d’en être des intervenants actifs. Nous souhaitons ainsi porter le plus loin possible, dans toute la gauche, chez toutes les femmes et les hommes qui se reconnaissent dans telle ou telle formation de la gauche, la confrontation d’idées et de projets sur ce que doivent être les fondements, le socle d’une politique de gauche réellement alternative à la droite. Nous ne visons pas des compromis boiteux construits sur le plus petit dénominateur commun. Nous voulons un travail exigeant, pour dégager les axes d’un projet qui soit entendu pour ce qu’il est : un projet à vocation majoritaire, à même de devenir le centre de gravité de la gauche. C’est exactement dans le même esprit que nous travaillons à préparer les élections régionales et à élaborer l’offre nationale qui sera la nôtre pour ces élections.

Nous allons travailler à ces objectifs avec confiance. Nous avons parfaitement conscience des obstacles qui se dressent devant nous, et de ceux qui existent au sein même de la gauche. Les partisans des entreprises de recomposition aimeraient nous voir renoncer à l’ambition de réelles transformations sociales et nous associer à leurs renoncements. Qu’ils n’y comptent pas. D’autres voudraient nous voir renoncer à l’objectif de battre la droite et de conquérir des majorités de gauche dans les régions pour les gérer dans l’intérêt du monde du travail. Ce serait une folie, et un boulevard offert aux entreprises de recomposition. Dans la bataille qui s’annonce, nous ne déclarerons pas forfait avant de livrer le combat. Un double objectif nous anime, indissociable à nos yeux pour gagner : et la qualité du projet et l’ambition du rassemblement. Nous ne troquerons pas l’un pour l’autre car ce serait un marché de dupes, et la voie ouverte à de nouvelles défaites de la gauche, nationales ou régionales. Voilà pourquoi nous croyons à notre politique de fronts unitaires sur des projets, à la démarche engagée avec le Front de gauche, voilà pourquoi nous voulons la porter toujours plus loin, en portant le débat chez toutes les femmes et les hommes de gauche.

Au fond, cela nous ramène toujours à la même question. Peut-on faire émerger à gauche, dans les conditions de la bataille actuelle, une construction alternative majoritaire ? Le paysage politique nous semble en plein mouvement. Rien n’est figé. Des réponses politiques nouvelles apparaissent. Elles peuvent servir le meilleur ou le pire. Allons-nous être de cette bataille et proposer le chemin d’une alternative à vocation majoritaire résolument ancrée à gauche ? N’est-ce pas indispensable à l’heure où, déjà, l’alternative à Nicolas Sarkozy travaille toutes les consciences ?

Notre dossier La gauche en débat

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Tag(s) : #Politique
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