Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Politique / Social - Économie - Article paru le 2 octobre 2009 dans l'Humanité

 

À Marseille, la votation bat des records de vitesse !

Les cheminots ont installé un bureau de vote dans le grand hall de la gare Saint-Charles. La diversité des votants met à mal les stéréotypes.


Marseille, correspondant régional
.


Deux tables, une urne, des feuilles d’émargement des bulletins. Et des cheminots à la manoeuvre. 7 h 30, en plein hall de la gare Saint-Charles, la votation citoyenne commence. Les échos positifs provenant de toute la France vont-ils se confirmer ? Pour le savoir, rien de tel qu’une gare, ce condensé de société avec ses usagers de toutes origines sociales et géographiques, des baroudeurs aux hommes d’affaires, des jeunes aux moins jeunes, du touriste parisien au salarié toulonnais.

Les syndicalistes sont rapidement rassurés, si tant est qu’ils en eussent besoin. Plus d’une centaine de signatures dès la première demi-heure. Et ça continue sur le même rythme.

Un homme, la quarantaine, s’approche et regarde le bulletin de vote : « Qu’est-ce que je dois cocher ? - Ça dépend ce que vous voulez. - Je veux que le service public continue. - Alors, votez non au projet du gouvernement. » Il coche et dépose dans l’urne. « A voté. »

Un ancien de La Poste, désormais photographe, dépose son bulletin dans la foulée : « Je trouve que le service public, ça marche très bien. Pourquoi va-t-on encore changer ? On sait ce qu’on a, on ne sait pas ce qu’on va avoir. »

Descendu du TGV en provenance de Paris, arrive un homme en costume cravate : « Alors, comment on fait ? » Une brune trentenaire, elle, sait comment procéder : « J’ai été alertée par des amis qui travaillent à La Poste. C’est un service public qui me convient. Mais je dois y aller, là. » On la suit dans l’escalator qui mène au métro. Jamais de grief à adresser à La Poste ? Réponse du tac au tac : « On peut très bien moderniser sans privatiser. »

Retour au bureau de vote. Le rythme ne faiblit pas. Un jeune homme, manifestement fraîchement sorti de la douche, écouteurs sur l’oreille, a voté « non » : « La Poste est un symbole national. Ils veulent nous faire croire que le problème c’est le statut d’entreprise publique. » Deux dames d’un certain âge, cheveux blancs, bras dessus, bras dessous, ont également déposé leur bulletin. « J’espère que vous en aurez beaucoup », disent-elles, avant de reprendre leur chemin. On tente de les interrompre afin de déposer le leur. « Ouh la, la, on a un rendez-vous. On est pressées. Dites seulement qu’on est pour le service public. »

La diversité des votants impressionne, au point de mettre à mal les stéréotypes. Comme avec ce jeune homme, pantalon de costume au pli parfait, chemise de marque, ordinateur portable à l’épaule. Il prend un tract, le regarde et demande illico : « On vote où ? » Il explique : « Je travaille à l’étranger. J’ai entendu parler de cette votation par mes parents. Mon père travaille à GDF. Moi pour Suez. Je suis bien placé pour savoir ce qu’on fait avec l’eau et pour savoir que le service public est important. »

Entre deux tracts distribués aux usagers, François Tejedor, responsable CGT des cheminots de Marseille, explique la démarche : « La solidarité entre salariés est nécessaire. Quand on regarde le schéma des entreprises publiques, c’est partout le même : on les morcelle, on garde les activités rentables et on les filialise. C’est ce qui se passe actuellement avec le fret. J’ai rencontré deux jeunes cadres qui disent : il faut bien moderniser La Poste. Je lui ai dit que j’étais d’accord, mais moderniser comment ? » À cette essentielle question, font écho les retards des trains qui s’affichent sur l’écran dominant le hall : 15 minutes pour le train de 8 h 18, 10 minutes pour le suivant. PACA, championne de France des trains annulés ou retardés. Ce soir, ce sera encore pire.

Voici désormais un cycliste : « Je suis contre le changement de loi. Je fais partie de ceux qui ont un ordi mais qui continuent d’écrire des lettres. Je vous donne un exemple : je reviens de Corse où j’ai envoyé deux courriers. L’un est arrivé, l’autre pas. Si ça va moins bien, c’est qu’ils ont déjà commencé à supprimer des services. » Il nous quitte : le train pour Chambéry ne va pas tarder à partir. Et il est à l’heure.

Christophe Deroubaix

Notre dossier La poste

Publicité
Tag(s) : #Contre la privatisation de la Poste
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :