Dans le domaine de la santé, la dépense catastrophique est celle qui grève plus de 30% du budget d’une famille et impacte donc son développement. Dans les pays où la Sécu
n’existe pas, le pourcentage de ces dépenses catastrophiques augmente.(Photo LS)
La Sécu, belle invention du Conseil national de la
résistance, est souvent attaquée mais fait presque partie des meubles. Qu’en serait-il de notre quotidien sans cette solidarité nationale ? Imaginez... une vie sans la
Sécu.
La salle d’attente d’un cabinet de gynécologie dans le 4e arrondissement de Marseille. Sur la
table, des revues féminines ou destinées aux futurs parents. Dans cette ambiance feutrée, le jeune couple qui attend son tour ne pense qu’au ventre rond de la dame.
A priori, pas de soucis financiers particuliers. « Combien coûterait une grossesse sans la Sécu ? Incroyablement cher ! » rigole la praticienne. Et de lister
rapidement : « Six visites normales à 60 euros puis trois échographies à 60, 85 et 80 euros ». Première facture : 585 euros. Mais ce n’est pas la plus
salée.
Trois jours de clinique en chambre
seule… 3 616 euros
Direction la clinique pour l’accouchement. Dans un établissement du centre ville
marseillais, quartier bourgeois mais pas huppé, les zéros s’accumulent. « Cela dépend du nombre de jours, des dépassements d’honoraire, de la chambre… Mais globalement, il faut
compter 3 500 euros ». Ici, la secrétaire n’est pas surprise par la question sur les tarifs hors Sécu. « Je viens de faire un dossier comme cela : accouchement normal, trois
jours en chambre seule… 3 616 euros ». Il arrive en effet que des patientes viennent du Canada ou des Etats-Unis pour accoucher, « même avec le transport, cela leur revient
moins cher. C’est rare mais cela existe ». Pour clore ce chapitre gynécologique, il faudra penser à la contraception (57 euros de consultation et 127 euros de stérilet) et ne
pas ignorer l’IVG qui concerne quelque 200000 personnes chaque année : 260 euros pour une interruption médicamenteuse et 300 euros par aspiration.
La scène se passe ensuite dans un cabinet de pédiatre. Chez ce praticien installé dans une rue commerçante, la consultation est à 40 euros, « comme chez
beaucoup de confrères », assure-t-il. 40 euros donc mais pour combien de séances ? « Les visites de suivi, mensuelles les six premiers mois puis tous les ans. Ensuite, cela
dépend des enfants. » « La première année, quand mon fils est entré en crèche, j’ai eu l’impression de passer ma vie ici », estime une jeune femme en compulsant le carnet de
santé de son petit Lucas : « Regardez, vingt visites en un an ! ». Autre poste chiffrant vite, celui des vaccinations : Pentavac, Prévenar, ROR… Entre le vaccin (de 25 à 63
euros) et la consultation, la facture affiche 955 euros pour les deux premières années.
Mais un tarif de consultation aurait-il encore un sens en l’absence de Sécu ? « Il n’y a qu’à regarder les Etats-Unis où seules existent les assurances
privées. Si les tarifs ont d’abord explosé, les assurances ont fini par définir un nombre de "fournisseurs" par lesquels le client doit passer s’il veut être remboursé et ainsi
régulé les tarifs », explique Bruno Leventou, économiste spécialiste de ces questions à l’Inserm.
De 540
à 1 540 euros le traitement orthodontique
Retour à la case enfant avec un domaine devenu presque incontournable,
l’orthodontie : un enfant sur deux est concerné. La fédération professionnelle assure qu’un traitement va de 540 à 1 540 euros. Cela semble optimiste, de nombreux parents ayant
souvenir des devis annonçant 600 euros le semestre, avec une année et demi de traitement. La Sécu ne rembourse "que" 196 euros par semestre. « Il est faux de dire que la Sécu
rembourse moins bien qu’avant. C’est vrai sur les "petites" maladies et l’augmentation du forfait hospitalier touche évidemment les petits budgets. Mais il faut aussi dire que
le nombre d’affections longues durées, les ADL, remboursées à 100% sont de plus en plus nombreuses », relève Bruno Leventou. 12% des Français sont effectivement sous ADL, un
poste qui « aspire » 60% des remboursements de la Sécu. Et là, le principe de solidarité nationale est effectivement nécessaire. Ainsi le diabétique – 2 millions de personnes
concernées – doit débourser 6 000 euros en moyenne par an comme le souligne une étude de la Sécu.
Un
cancer coûte 9000 euros par an en moyenne
A noter aussi, comme l’indique l’Organisation mondiale de la santé, qu’aux
Etats-Unis, une famille avec un enfant diabétique consacre 10% de ses revenus à la prise en charge de la maladie. Autre exemple, le cancer qui, selon la même étude de la Sécu,
coûte 9 000 euros par an en moyenne, une moyenne qui va du traitement peu coûteux d’une petite tumeur au cancer du poumon ou du sein extrêmement cher. Idem pour le VIH qui
nécessite un traitement de 1 500 euros par mois. Ou encore, la mucoviscidose qui chaque année émeut les spectateurs lors d’un show télévisé. Si l’infection ne concerne "que"
5000 personnes, elle leur coûterait, sans la Sécu, 22 000 euros par an. Toujours en moyenne.
On prend donc la mesure du concept de « dépense catastrophique » inventé par l’OMS, « quand la dépense consacrée à la santé dépasse 30% du budget d’un ménage
» explique Bruno Leventou, « C’est "catastrophique" car cela grève autre chose et impacte la famille, remettant par exemple en cause l’éducation des enfants. » Or, comme le
souligne l’économiste, « dans les pays où la sécurité sociale n’existe pas, le pourcentage de ménages subissant ces dépenses catastrophiques augmente ».
CQFD.
Reportage fiction
Angélique Schaller
Photo : Laurent Saccomano
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