B.Gonthier-Maurin « La réforme ne profitera qu’aux meilleurs »
Depuis deux ans, la sénatrice des Hauts-de-Seine Brigitte, Gonthier-Maurin, est « rapporteur pour avis » sur l’enseignement professionnel, dans le cadre du débat
budgétaire.
Comment appréciez-vous la réforme du bac professionnel ?
Brigitte Gonthier-Maurin. Le bac professionnel représentait une voie de remédiation tout à fait intéressante. L’articulation BEP + bac pro, en quatre ans, offrait du temps et de la souplesse.
C’était une vraie deuxième chance. En ramenant ce délai à trois ans, on prend le risque de conduire à l’abattoir les élèves les plus en difficulté. Cette réforme ne va profiter qu’aux meilleurs
de l’enseignement professionnel. L’objectif initial était de lutter contre la sortie sans qualification et sans diplôme de près de 150 000 jeunes chaque année. On risque d’aboutir à l’effet
exactement inverse.
Y a-t-il eu un bilan des expérimentations ?
Brigitte Gauthier-Maurin. Pas du tout ! On a généralisé brutalement ce bac pro en trois ans sans avoir pris la peine de tirer les enseignements de ce qui a pu être fait. Cette attitude
répond, selon moi, à une véritable stratégie du gouvernement actuel : il dit qu’il « expérimente », pour tranquilliser, et il généralise dans la foulée sans laisser le débat
s’installer, sans concerter et sans développer une vision à long terme. Je m’interroge, enfin, sur la finalité profonde de cette réforme. Elle s’inscrit clairement dans le cadre d’une réduction
du budget de la voie professionnelle et l’on peut se demander si ces milliers de suppressions de postes à venir ne sont pas le but réel du gouvernement.
De quoi souffre la voie professionnelle ?
Brigitte Gonthier-Maurin. D’un manque de reconnaissance et d’un déficit d’image. Bien souvent, s’y retrouvent des élèves en échec scolaire, qui n’y vont pas par choix mais contraints et forcés.
Malheureusement, cette réforme ne permet pas de résoudre le problème de l’orientation par l’échec. C’est d’autant plus rageant que les filières BEP et bac pro permettent une très bonne
insertion professionnelle, et qu’il n’est pas rare que des élèves engagés dans une voie générale se disent que, au fond, ce n’est pas ce qu’ils voulaient faire. Mais en France, on vit encore
sous la dictature de la voie générale et en particulier de la filière S qui représente un sésame incontournable.
Entretien réalisé par L. M.
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