L’école en mal de remplaçants !
Sans surprise, malheureusement. Trois semaines après la rentrée des classes, les parents d’élèves commencent à mesurer clairement les conséquences des suppressions de postes dans
l’éducation nationale. Et selon la FCPE, leur principale fédération, le tableau n’est guère réjouissant. Chute de la scolarisation en maternelle, élèves sans établissement, difficulté pour
remplacer les profs absents… « On ne peut pas dire franchement que la rentrée a été "techniquement réussie" », a ironisé hier son président Jean-Jacques Hazan, en référence à
l’analyse quelque peu optimiste du ministre Luc Chatel.
« Point de
non-retour »
Selon les constatations effectuées par la fédération dans chaque département, la question du remplacement des enseignants, notamment, est devenue critique. Visés en premier par les restrictions budgétaires, car « invisibles » pour l’opinion publique, les postes de remplaçants titulaires (TZR) ont été supprimés à tire-larigot ces dernières années - entre 5 000 et 10 000. Résultat : « Dans les établissements, les capacités de remplacement sont arrivées à un point de non-retour », estime Jean-Jacques Hazan.
Les exemples pullulent. En Charentes, selon la FCPE, il n’y aurait, d’ores et déjà, plus aucun remplaçant de disponible en français. Situation identique concernant cinq disciplines ( !) dans le Vaucluse. En Seine-Maritime, des déficits sont signalés en mathématiques, SVT (sciences et vie de la terre) et technologie. En Haute-Garonne, les remplacements ne sont que partiels : seulement deux heures sur les quatre heures hebdomadaires de maths… « La suppression des postes ne permet plus d’assurer la continuité du service public, constate Jean-Jacques Hazan. Cela pénalise clairement le bon fonctionnement de la scolarité des enfants. »
Pour le moins. Selon un rapport de l’inspection
générale de l’éducation nationale, la somme de toutes ces heures de cours non assurées équivaudrait à une année de scolarité ! « Sur le terrain, ajoute le président de la FCPE, les
inspections académiques attendent souvent quinze jours - le délai est quasi officiel - avant de se préoccuper de trouver un remplaçant. Quinze jours, cela représente dix heures de français en
moins ! » Et lorsqu’un remplaçant est trouvé, il est recruté de plus en plus souvent parmi des vacataires peu ou pas formés.
Un site Internet
dédié
Du côté du ministère, c’est le silence. Depuis que Luc Chatel a annoncé la mise entre parenthèses du projet d’« agence de remplacement », la question ne semble plus une priorité. De
fait, aucune statistique n’a été publiée sur l’ampleur du phénomène. Une opacité que la FCPE veut briser en créant sur son site Internet (1) un outil de recensement des remplacements non
assurés, baptisé « Ouyapacours ». Les parents peuvent y signaler, entre autres, la matière concernée et la durée de l’absence. La FCPE demandera ensuite des comptes à l’inspection
académique afin de rétablir « la situation de droit ». « Le but n’est pas de stigmatiser les profs, précise Jean-Jacques Hazan, mais d’obliger le gouvernement à pallier ses
insuffisances et à renoncer aux suppressions de postes. »
(1)
www.fcpe.asso.fr.
Laurent Mouloud
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