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Médias - Article paru le 14 septembre 2009 dans l'Humanité


Fête de L’Humanité

Le drapeau de la République espagnole a flotté sur la Fête de l’Huma !

Débats, expositions pour évoquer 1939, la fin de la République espagnole, le début d’un long exil et d’une dictature de quarante ans.


Il aura fallu du temps, des années, pour que ressurgissent au grand jour des questions passées jusqu’ici sous silence. Au village du livre, deux débats ont été consacrés à la question de la mémoire, du point de vue historique et littéraire. L’écrivain Isaac Rosa, né l’année de la mort de Franco, témoigne de son tâtonnement, de ses errements pour parvenir à tisser les fils d’une histoire fragmentée, tronquée, cachée. Dans Mémoire vaine (1), son travail d’investigation historique met en relief un pays qui, depuis soixante-dix ans, boite, et pas qu’un peu. « Je fais partie de cette génération qui n’a pas de mémoire personnelle du franquisme et encore moins de la guerre civile. » Rosa parle du « silence » constant qui a entouré et entoure encore un demi-siècle d’histoire. De cette difficulté d’être dans un pays qui refuse de regarder son passé en face. Rafael Chirbes, auteur de la Chute de Madrid (2), dénonce quant à lui le cynisme et l’opportunisme qui se sont emparés d’une grande partie de la société espagnole, de cette bourgeoisie qui s’est accommodée de la démocratie comme elle s’était accommodée de Franco, sans état d’âme. Ce n’est pas pour rien si son livre commence à la mort du dictateur : « Il y eut ce pacte qui scella la transition. Mais, à la fête, on n’y avait pas convié la classe ouvrière, les artistes, les exilés… Dès lors, on nous répétait sur tous les tons que l’Espagne était heureuse et européenne… En 1992, entre l’exposition universelle, les jeux Olympiques, le culte des affaires était à son apogée. » Si source de la corruption de la société espagnole contemporaine et d’une immense partie de sa classe politique il faut chercher, c’est du côté de l’affairisme glorifié que l’on peut trouver des explications au mal qui gangrène le pays aujourd’hui.

Il fallait oublier. Oublier le passé. Oublier la guerre, la dictature, les années de privation. Oublier. D’ailleurs, n’y avait-il pas du bon et du mauvais partout, dans les deux camps ? D’où une loi bancale sur la mémoire, qui met à égalité bourreaux et victimes. Les franquistes et les républicains. Sinon comment justifier l’injustifiable : le renversement d’une République démocratiquement élue par une poignée de putschistes qui furent aidés par Hitler et Mussolini ? Alors on ne se contente pas d’effacer, on réécrit l’histoire, on la taille à sa mesure. Georges Bartoli, photographe, auteur de la Retirada (3), parle de « négationnisme par omission », et Jean Ortiz, universitaire, auteur de nombreux ouvrages et films sur cette période historique, dénonce « les trous noirs de la mémoire » dont le dernier auquel il vient de s’atteler, celui des enfants de républicains enlevés à leur famille pour être élevés dans le droit chemin de Dieu et de la Phalange. On estime à 30 000 le nombre des enfants ainsi volés, arrachés à leur famille. Où sont-ils ?


(1) Traduit de l’espagnol
par Vincent Raynaud, Éditions Christian Bourgois.

(2) Traduit de l’espagnol par Denise Laroutis, Éditions Rivages poche.

(3) Éditions Actes Sud.


Marie-José Sirach

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Tag(s) : #Histoire
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