Les études : un budget lourd pour les parents, difficile pour les enfants (Photo RT)
Si en septembre les frais explosent, c’est toute l’année que les étudiants ne sont pas à la fête. Logement, nourriture, transport, livre… donnent une
facture supérieure aux bourses, quand l’étudiant y a droit.
Lundi dernier, les cours n’ont pas encore repris mais les Gazelles
sont en effervescence. Un ballet de voitures immatriculées 13, 83, 06, 05… s’engouffre dans le parc de cette cité universitaire d’Aix-en-Provence. A 8h30, le pavillon 5 ouvre
ses portes pour donner les clés des chambres universitaires. Une petite foule se presse, les dossiers se réglant au compte-goutte. Un père râle car on ne l’avait pas prévenu
qu’il fallait prévoir un chèque pour payer le premier mois, des jeunes gens boivent un café dans une buvette improvisée par la FERUF, fédération des étudiants en résidence
universitaire. Un bâtiment plus loin, Lucie se presse au comptoir du CROUS. Il lui manque le document qui atteste de la validité de sa demande et sans lequel elle n’aura pas les
clés de son nouveau logement, « On m’avait promis de me l’envoyer par mail… » plaide-t-elle devant une secrétaire qui en deux minutes a réglé son problème.
Originaire de Salon-de-Provence, Lucie est en 2e année de Langues étrangères appliquées. Cette année, elle a opté pour la colocation et obtenu un logement du
CROUS. « Concrètement, cela me permet de gagner 50 euros sur le loyer mais surtout les courses sont moins chères quand on les partage et l’appart étant près de la fac et je
n’aurais plus le bus à payer ». Après avoir été aidée par ses parents, elle doit désormais se débrouiller seule, « ils ne pouvaient plus et de toute façon, je préfère mon
autonomie ». Une autonomie qui passe par la case Mac Do pour améliorer les 230 euros de bourse et faire face aux 400 euros de frais qu’elle doit assumer tous les
mois.
Rogner sur les sorties
« J’ai 35 heures de cours par semaine et je ne peux
pas bosser à côté. Heureusement que mes parents peuvent assurer ». Marion est en 2e année d’IUT en technique de commercialisation.
Ses parents - journaliste et infirmière à Grenoble - assument donc 300 euros de loyer par mois pour un appartement en colocation dans le parc privé aixois et lui attribuent
ensuite entre 100 et 200 euros par mois. Une somme avec laquelle la jeune fille de 19 ans devra payer ses vêtements, ses livres et la nourriture. « Je fais attention. La viande
et le poisson, je les mange au resto U. Pour les fringues, je les achète à Grenoble car Aix c’est vraiment trop cher, quant aux sorties… Je les restreins le plus possible. C’est
pas facile, mais j’y arrive et de toutes les façons, je n’ai pas le choix ».
C’est aussi sur les sorties de Laureline, originaire de Bretagne, a décidé de rogner pour cadrer son budget de 250 euros par mois. « Au début je pensais que
c’était jouable. Mais j’ai vite compris que si j’allais boire un coup ou si je sortais à Marseille - 10 euros pour le bus ! - je ne m’en sortais pas. Alors j’ai arrêté ». Pas
question de « gratter » quelques euros supplémentaires, « mes parents ont quatre enfants, ma sœur vient d’entrer au collège. Ils font déjà beaucoup et je sais que si j’ai besoin
de 20 euros à la fin du mois pour aller chez le docteur, ma mère me les donnera. Alors, il ne faut pas abuser ». Si l’option baby sitting a été envisagée pour arrondir les fins
de mois, elle pose aussi problème : « je suis en IUT métier du livre. Pour réussir comme je le veux, il faut beaucoup bosser ».
« Chaque
année, on se bat pour que la laverie n’augmente pas »
« De toutes les façons, ces petits boulots n’ont
rien à voir avec nos formations. Et contrairement à ce qu’on essaye de nous vendre, cela nous apporte rien professionnellement. Si ce n’est nous gêner dans nos études » tempête
Julie Tubiana. La pétillante jeune fille est présidente de l’UNEF. Les difficultés financières, elle ne les connaît pas que par le prisme syndical. « Je vis chez ma mère mais je
dois payer mon inscription à la fac, ma nourriture. Cela signifie environ 60 euros par mois pour le resto U. Il y a aussi le téléphone, les livres… En droit, on doit les
racheter chaque année car les réformes changent tout. Et le code civil c’est 40 euros, le code du travail 58… »
Car si le loyer occupe 50% des budgets étudiants, il ne faut pas non plus négliger les postes comme les transports - « incroyablement chers pour aller à
Marseille et on y est obligé quand on est en économie car les cours se font sur les deux villes » - les livres, le matériel informatique… Ou même la laverie. « Chaque année, on
se bat pour qu’elle n’augmente pas ! » insiste Julie. Dans le local de la FERUF, en rez-de-chaussée du pavillon 5, trois frigos trouvent péniblement une place, deux cafetières,
un micro-ondes… « Ce sont des choses que l’on récupère chez des anciens étudiants. C’est pas mal pour les nouveaux car quand on arrive dans une chambre, il y a un lit, un bureau
et c’est tout ».
« La vie coûte déjà chère au quotidien mais en septembre, c’est l’enfer. Il y a plein de choses à payer mais on fonctionne à blanc car on a droit qu’à 9
mois de bourse sur les 10 mois de scolarité » tempête la jeune fille qui dès cette semaine va entamer la désormais traditionnelle campagne d’information sur le pouvoir d’achat
des étudiants éternellement en baisse des étudiants.
Reportage
Angélique SCHALLER
Photo : Robert Terzian
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