Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

La grippe A est la face émergée de l'explosion des maladies respiratoires infectieuses !

Article paru dans La Marseillaise du mardi 1er septembre 2009


DIDIER RAOULT. La grippe A est la face émergée d’un fléau pérenne trop occulté : les maladies respiratoires infectieuses. Entretien avec ce professeur, auteur d’un rapport sur le sujet.

 

La grippe A refait la Une de l’actualité. N’en fait-on pas un peu trop ?

Le nombre de cas n’a pas cessé d’augmenter. Etant donné qu’il y a une proportion de morts liée au nombre de cas, cela signifie qu’il va y avoir plus de morts.
Je ne dirais pas qu’on en fait trop, et je suis plutôt satisfait d’une telle attention, car les maladies respiratoires sont terriblement négligées. Contrairement à ce que j’ai pu lire dans certains journaux, par exemple, le paludisme en Afrique ne fait pas plus de victimes. Au mois de novembre vont avoir lieu des journées organisées par l’OMS, consacrées aux maladies respiratoires de l’enfant car, dans le monde, les enfants meurent plus de pneumopathies que du Sida et du paludisme réunis. Les infections respiratoires sont la première cause de mortalité dans le monde et chez les enfants, y compris en Afrique noire.


Vous voulez donc dire que c’est un risque qui existe en permanence, en dehors de cette grippe A ou de toute autre épidémie dont on parle beaucoup pendant un temps, alors qu’il faudrait s’y intéresser de façon pérenne ?

Tout à fait. L’intérêt de l’importance médiatique accordée à cette épidémie est déjà d’amener à parler de la grippe, qui tue 4 à 5 000 personnes chaque année en France. Tout ce qu’on peut faire pour prendre conscience de cela et tenter d’y remédier, même au prix de la peur des uns et des autres, est important. Je pèse mes mots, il s’agit d’une aubaine, au sens étymologique du terme, pour les personnes victimes de maladies respiratoires contagieuses, et dont on se préoccupe peu.
C’est une des choses pour lesquelles je me bats et qui figurait dans mon rapport au ministère d’il y a sept ans.


Qu’il s’agisse de la grippe A ou des maladies respiratoires infectieuses en général, les conseils qui sont répétés aujourd’hui ne sont-ils pas un peu « gadget » au regard d’autres problèmes ?

Ce qui est important, c’est qu’on reprenne conscience que la contagion existe. C’est une notion qui était devenue virtuelle, on avait l’impression que les maladies infectieuses n’existaient plus. Le Sida nous a rappelé le contraire et cette épidémie le fait aussi.
Craindre la contagion et tenter de l’éviter est une question d’éducation, et tout ce qui va dans ce sens - que les gens comprennent l’importance de se laver les mains, que quand quelqu’un est malade il ne faut pas qu’il tousse ou crache sur tout le monde – est positif. Ce sont des choses que dans un monde raisonnable, on devrait apprendre aux enfants dans les écoles. Mais il est évident qu’il y a d’autres mesures à prendre.


Justement, il y a trois ans déjà, vous avez élaboré un projet préconisant de construire à Marseille un bâtiment spécifique dédié aux maladies infectieuses, projet défendu sans succès. Où en est-il aujourd’hui ?

On est en train d’en discuter au plus haut niveau afin de le faire avancer. En effet, l’Assistance publique de Marseille ne possède pas assez de lits d’hospitalisation des maladies contagieuses. Avec les responsables de l’AP-HM, on essaie actuellement de réaffecter des services entiers à ces pathologies, afin que les personnes atteintes d’infections respiratoires ne soient pas envoyées dans tous les services. Egalement pour éviter une contagion hospitalière, on tente de mettre en place un pré-acheminement au niveau des urgences.
En revanche, rappelons que nous avons à l’hôpital Nord et à la Timone les moyens d’effectuer tous les diagnostics de méningites et d’infections respiratoires en moins de deux heures. C’est unique en France.


En résumé, quelles priorités si l’on veut à la fois répondre à l’épidémie de grippe A et aux infections respiratoires en général ?

Il y a deux réponses. Il faudrait qu’il existe un pôle en France où des gens qui ont les compétences nécessaires étudient les moyens de lutte et de prise en charge des contagions. Il ne faut pas faire n’importe quoi. Ainsi, j’ai toujours été très réservé sur le besoin d’acheter des masques de haute protection qui coûtent extrêmement chers et ne représentent pas le meilleur moyen de se protéger. Cette décision, prise par le ministère, n’a pas été évaluée scientifiquement. Il est donc essentiel de créer une structure où des gens compétents étudient, testent, et expliquent au ministère ce qu’il convent de faire.
Cependant, il y aura toujours des évènements imprévus, chaotiques, qu’il faudra gérer dans l’urgence, en ayant la capacité de répondre à ces situations inhabituelles. A l’AP-HM, nous travaillons – il y a eu des réunions tout l’été – pour ne pas être surpris et essayer d’apporter des réponses graduées pour isoler les malades qui doivent l’être.
En résumé, il y a un élément structurel auquel je m’intéresse beaucoup et qui je l’espère va avancer, et ensuite une part de préparation pour s’adapter à une situation inattendue.


PROPOS RECUEILLIS PAR
JACQUELINE DE GRANDMAISON


Didier Raoult est chef de service du Laboratoire de bactériologie-virologie à l’Assistance.publique-Hôpitaux de Marseille, auteur d’un rapport sur les maladies infectieuses.

Publicité
Tag(s) : #Santé
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :