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Si les droits de l’homme restent une valeur importante pour
les militants, ils les estiment régulièrement et insidieusement bafoués. Tour d’horizon auprès de quelques militants associatifs ou
syndicalistes.
« Si nous nous basons sur la déclaration universelle des droits de l’homme adoptée en 1948, nous
nous référons souvent à celle de 1789 car sur certains points, elle est plus concise et plus précise ». Philippe Dieudonné est président de la Ligne des Droits de l’Homme
Marseille Nord-Sud. Et d’illustrer son propos en se référant à l’article 15 – « La société a le droit de demander des comptes à tout agent public de son administration » –
article assez méconnu mais dont le militant dit user pour « tout ce qui relève des évaluations des politiques publiques ».
Et de surenchérir : « C’est, de plus, éminemment d’actualité cette idée de demander des comptes quand on voit le nombre de personnes qui perçoivent de
l’argent cautionné par les deniers du contribuable et lorsqu’on regarde le président de la République et ses dépenses somptuaires ». 220 ans plus tard, Philippe Dieudonné ne
peut que conclure à « de vrais reculs » et « dans l’indifférence générale ».
Une
évolution sécuritaire et liberticide
Au niveau national, Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de
l’homme, pointe dans son rapport annuel, une évolution sécuritaire et liberticide avec des militants mais aussi des citoyens de plus en plus fichés grâce aux nouvelles
technologies, et souligne aussi les « dérives xénophobes de plus en plus ouvertement assumées ». La politique menée à l’encontre des étrangers étant considérée par l’ensemble
des militants comme une vraie régression en matière des droits de l’homme.
« La semaine dernière encore, nous avons manifesté pour la libération de la famille Santos du centre de rétention. Or, on ne peut jouer sur les mots, ces
centres privent de liberté et sont donc des prisons. Ce qui signifie que nous sommes dans une société qui enferme des enfants. Ce qui me semble être un signe extrêmement fort de
régression dans le domaine des droits humains » apprécie pour sa part Houria Mekrelouff, présidente départementale du MRAP. Pour elle, la Déclaration des droits de l’homme est
aussi le texte qui affirme la liberté d’opinion. « Là encore, cela va mal. Dans le contexte social actuel, la seule voix que l’on puisse entendre, c’est celle de la majorité.
Ceux qui ont le pouvoir, sont ceux qui ont l’argent et la parole médiatique. Ce qui ne ressemble ni à la liberté d’opinion, ni à celle d’expression ».
« Ils ont su s’emparer de mots
porteurs de sens et les galvauder »
« C’est aussi l’anniversaire du coup de hache contre la porte de l’église
Saint-Bernard pour déloger les sans-papiers. Comme quoi, on n’a pas beaucoup avancé depuis 200 ans », lance Charles Hoareau, délégué CGT. Pour ce syndicaliste, se définir comme
« droits de l’hommiste » est important. Parce que cette Déclaration de 1789 parle d’emblée des « distinctions sociales qui ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ».
Mais aussi parce que « l’actuel président a utilisé ce terme comme si c’était absurde. Or, je suis convaincu que c’est une valeur première, même si aujourd’hui, on fonctionne à
l’inverse, que les profits de quelques-uns priment sur l’intérêt collectif ». Et d’estimer que « la force de nos adversaires est de savoir jouer sur la sémantique ». La sûreté
inscrite comme droits dans la Déclaration, est devenue ainsi sécurité. « S’il s’agit de sécurité sociale, je dis oui. Si c’est de milice au détriment de la liberté, non. Mais
ils ont su s’emparer de mots porteurs de sens et les galvauder. Or, la bataille idéologique est actuellement le talon d’Achille de la gauche politique et du syndicalisme. Or,
nous ne pouvons pas rester sur de seules revendications immédiates mais aller sur le terrain de l’idéologie. Dans les combats sociaux, on ne peut pas se contenter de défendre
des primes de licenciement mais se battre pour un emploi pour chacun, pour la Nation ».
La Déclaration a aussi instauré la séparation des pouvoirs. Or, les dernières lois ont malmené ce principe. Représentant le syndicat des avocats de France,
Vincent Schneegans refuse de regarder la notion des droits de l’homme à l’aune de la seule politique actuelle. « Il faut introduire une notion de temps qui montre qu’au niveau
international, la tendance est plutôt à la multiplication des gardes fous même si les interventions ne sont pas toujours faciles » expose l’avocat. Puis de reconnaître qu’à côté
de ce « mouvement naturel » existe aussi « un gouvernement qui tente de s’en affranchir ».
L’homme de loi note ainsi que la tendance française est à « la déjudiciarisation, dans le domaine du pénal mais aussi du droit civil ou du droit du travail.
Avoir de moins en moins recours au juge permet certes des économies mais cela a aussi comme effet de fragiliser le rapport du citoyen à la justice et de rendre l’exécutif plus
fort par rapport au judiciaire. En fait, on renforce les rapports individuels. Or, quand il y a un fort et un faible, il faut l’intervention d’un tiers. C’est cela qui est en
jeu ».
Témoignages
Recueillis par Angélique Schaller
Photo : Migué Mariotti
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