L’État abandonne les cadets de la République !
C’était une des mesures de cette politique dont Nicolas Sarkozy se fait le chantre, la fameuse promotion pour
l’égalité des chances. Créé en 2004, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, le statut de cadet de la République offrait à des jeunes le bénéfice d’une formation accrue pour passer le concours
de gardien de la paix, sans condition requise de diplôme et après sélection à un recrutement voulu simple et efficace. Pendant un an, les cadets de la République recevaient une formation en
alternance, dans un lycée professionnel et dans une école de police, ponctuée par des stages en commissariat. Ils percevaient par ailleurs une allocation d’études fixée à 50 % du
SMIC.
Réduire les coûts de la fonction publique
C’était, car l’avenir de ce statut s’écrit désormais en pointillés. Huit des douze écoles de police nationale ont fermé, victimes de la révision générale des politiques publiques (RGPP) qui
vise à réduire les coûts de la fonction publique (laquelle, voudrait-on nous faire croire, gagnerait en efficacité…). Au final, le ministère de l’Intérieur a décidé d’annuler la rentrée 2009
des cadets de la République, ou, à tout le moins, de la reporter à une date inconnue.
C’est seulement un mois avant la rentrée, prévue début septembre, que plus d’un millier de jeunes ont appris la
nouvelle. « J’ai toujours voulu travailler dans la police, explique Jérémy Bouchet, tout juste dix-huit ans. Après avoir satisfait au recrutement pour devenir cadet de la République, je me
suis déscolarisé de mon lycée. J’étais inscrit à un baccalauréat professionnel à la suite de l’obtention de mon BEP. Et maintenant, si les choses restent en l’état, je pourrais me retrouver
sans rien. Ce n’est que tout récemment, dans une lettre datée au 31 juillet, que j’ai appris que je n’intégrerai aucune école de police à la rentrée. Trop tard pour me réinscrire au
lycée. »
Mettre l’État face à ses responsabilités
Le syndicat Alliance de la police nationale s’interroge dans un communiqué : « Environ 1 050 cadets de la République sont dans l’attente d’une hypothétique incorporation dans une
structure de formation. Comment peut-on humainement envoyer ces jeunes au chômage au mépris de la parole donnée ? »
« C’est scandaleux, l’État n’a aucun scrupule à laisser ces jeunes sur le carreau un mois seulement avant la date de rentrée », gronde Patricia Mazurier, maman de l’un de ces jeunes. « Mon fils a choisi cette voie car il est sans diplôme, explique-t-elle. Dans le même temps, il a aussi réussi le concours de la gendarmerie. Il a alors fait le choix de la police pour des raisons de proximité géographique. Le recrutement de la gendarmerie est désormais bouclé. Il se retrouve sans rien à vingt et un ans. Il faut mettre l’État face à ses responsabilités. »
De fait, la colère gronde par le biais d’Internet où l’idée d’une manifestation devient toujours plus pressante.
« Je ne suis pas cadet de la République mais j’aspire à le devenir. Cela fait deux ans que je suis candidat et j’entends l’être de nouveau car je veux vraiment travailler dans la police,
affirme Yoni Amouyal. Je ne veux pas que ces deux dernières années soient perdues pour moi. Je mobilise les gens par Internet pour une manifestation qui se tiendra à Paris, le 12
septembre. » Pendant ce temps, Patricia Mazurier entend saisir le procureur de la République de cette affaire et va former un recours devant le tribunal administratif. Quand la colère
gronde…
Julien Dayssiolo
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